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EJP

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Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

La drôle de Guerre, l'invasion

Table des matiéres

La guerre précédente, la Grande, la der des ders, nos anciens poilus n’en parlaient guère, préférant taire et oublier les horribles souvenirs des tueries, des souffrances qu’ils avaient vécues et préférant parler d’espoir en une paix définitive après ces années de cauchemars. Restait la commémoration de l’armistice du 11 novembre, l’appel lugubre des morts, puis le banquet final que nos anciens n’auraient manqué sous aucun prétexte ! L’alcool aidant, les langues se déliaient et l’on parlait du passé. Ca se terminait fort tard et l’on rentrait à pied à la maison comme l’on pouvait. Ce n’était que le lendemain matin, la tète lourde, que l’on revenait chercher le vélo qui avait dessaoulé durant la nuit.

C’était reparti pour un an, dans une quiétude que plus rien ne pouvait troubler.

Mais c’était oublier ce qui se passait de l’autre cote du Rhin !

La crise économique américaine de 1929 et ses répercussions en Europe quelques années plus tard :Le chômage généralisé, l’inflation et la misère en Allemagne furent les principales raisons qui, avec de fausses promesses, permirent à Hitler de prendre le pouvoir en Allemagne en 1933.

L’humiliation, vraie ou supposée du peuple allemand qui découla du traité de Versailles et le désir de revanche firent apparaitre un nouveau danger à nos frontières.

Et face a ces risques, la France : une démocratie molle minée par nos luttes politiques, nos faiblesses, nos luttes ouvrières et nos grèves, notre habituel laissez aller. . .

Avec l’Angleterre, un pays prêt a tout pour sauver la paix, face a un homme qui ne voulait que la guerre.

Des hommes politiques qui se rendirent a Munich serrer la main a Hitler (par la suite ce fut reproché à d’autres) et qui capitulèrent avant de discuter.

En plusieurs fois apparurent sur nos murs, des ordres de mobilisation partielle des réservistes en mars 1938 lors de l’invasion d’Autriche (l’Anschluss) puis fin septembre 1938, lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, puis en mars 1939.

Le 1er septembre 1939, Hitler, insatiable envahit la Pologne. Apparaissent les affiches avec les deux petits drapeaux croisés. Ordre de mobilisation générale aux forces de terre, de mer et de 1’air. C’est la guerre !

Et de la même façon qu’en 1914, nous étions entrés en guerre avec les culottes rouges de 1870 (jolies cibles),

nous repartîmes en 1939 avec les vieux fusils Lebel, le canon de 75 hippomobile, les chevaux, le casque en trois pièces et. .. Les bandes molletières !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UNIFORME ET ÉQUIPEMENTS DU FANTASSIN EN MAI 1940

1 – Casque Adrien modèle 1926

2 – Bonnet de police en drap

3 – Capote a un seul rang de boutons, modèle 1938,équipé de la patte d’épaule nouveau modèle

4 – Chemise modèle 1935

5 – Cravate « régate » modèle 1935, longueur: 1,40 m, largeur aux extrémités : 6 cm

6 – Ceinture en flanelle blanche

7 – Pantalon modèle 1938, dit « pantalon de golf » Confection en drap gabardine

8 – Bandes molletières

9 – A partir de mai 1940, dans certaines unités, les jambières remplacent les bandes molletières

10 – Brodequins de marche, modèle 1917

(1940 l’infanterie – Francois Vauvillier – Argout Editions Paris)

Il est vrai qu’entre temps, à coût de millions, nous avions construit la ligne Maginot, le long du Rhin. Infranchissable et inexpugnable, nous pouvions dormir tranquille à l’abri de ses casemates. Certes, faute d’argent, nous avions arrêté les travaux à la frontière Luxembourgeoise mais jamais, oh grand jamais, Hitler n’aurait comme en 1914 violé la neutralité de la Belgique et du Luxembourg. . .

En 1968 je crois, parut un slogan « Faites l’amour pas la guerre » ; l’on devrait le mettre sous la devise « Liberté Egalité Fraternité », car dans notre histoire si nous l’avions suivi, nous nous serions évité bien des malheurs.

Les français ne sont pas faits pour faire la guerre.

Donc ça y est, les hommes quittent leur ferme, leur foyer, leurs occupations pour rejoindre leurs unités.

Restent à la maison, les affectés spéciaux ouvriers chargés de travailler en usine pour la production d’armement et la défense nationale. Toutes les lampes de rue sont éteintes, les fenêtres obstruées pour ne pas laisser passer de la lumière : mon père, dans son atelier, barbouille les fenêtres avec du résidu de carbure de calcium. Tout cela pour éviter les bombardements aériens. La peur des avions était grande. Les automobiles sont réquisitionnées par l’armée et recouvertes d’une peinture de camouflage. De même, la station électrique de Mathay est elle, badigeonnée en vert, jaune, gris du plus curieux effet…Je ne sais si cela la rendait invisible !

En ville, pour la défense passive, l’on met en place des abris antiaériens, l’on entoure les bâtiments de sacs de sable, l’on y stocke de l’eau et de la nourriture.

Ici rien de cela, Bourguignon ne devait pas être un objectif stratégique !

L’automne 1939 fut pourri et les femmes restées sur les exploitations en l’absence des hommes eurent mille maux pour arracher les pommes de terre et semer les blés. S’en suivit un hiver froid et précoce. C’est durant cet hiver que l’armée Française entreprit la création d’un camp d’aviation entre Mathay et Bourguignon. Il en existait déjà un durant la Grande Guerre. L’on commença par créer deux routes d’accès, l’une côté Bourguignon (chemin du cimetière), l’autre côté Mathay (route des aviateurs). Un puissant engin entreprit de niveler et d’aplanir les bosses et talus, en déplaçant la terre dans les trous et les bas fonds. Un énorme cylindre tracté, qui resta des armées durant au bord du Doubs, devait compacter l’ensemble. On apporta des tas de grilles qui reliées entre elles devaient être utilisées comme piste de décollage. L’on en voit encore ce jour, clôturant des propriétés le long de la rue de la Planche aux Poules. Tout fut abandonné en juin 1940.

Des l’entrée en guerre, se mirent a circuler sous le manteau, toutes sortes de fausses nouvelles et de bobards sans fondement. Le tout orchestré par Radio Stuttgart, ou un traitre français avait trouve refuge. Les Français écoutaient cette radio et le lendemain disaient :  » Radio Stuttgart a dit que telle unité française avait quitté telle ville pour aller la. . . Et c’était vrai, cette radio ennemie était bien informée, mais les Français sont si bavards.

On commença à parler de la 5eme colonne, je m’expliquerai par la suite.

Un autre fait avant guerre avait entretenu la méfiance de la population et principalement de nos vieux poilus. Je veux parler du Zeppelin.

Ce qu’on appelait le Zeppelin était un dirigeable allemand qui transportait des voyageurs depuis Friedrichshafen (Lac de Constance) jusqu’à New York. C’était un énorme cigare avec des dérives de direction , entraîné par 5 ou 6 moteurs situes dans des nacelles et sous son ventre, une grande cabine pour les passagers dont on distinguait les hublots  car il volait a basse altitude et faisait un bruit d’enfer. A son passage, tons les gens sortaient des maisons et levaient le nez en l’air.

Sur la carlingue, en énormes lettres était marqué « Graff von Zeppelin » (Comte de Zeppelin), d’ou son nom. Son couloir de circulation qu’il ne devait pas quitter, passait juste au dessus de notre village. La nuit, un énorme phare projetait un cône de lumière qui éclairait les maisons comme en plein jour.

Les vieux disaient : ils (les allemands) nous espionnent et photographient nos forts (Lomont, Mont Bart), cela ne devrait pas être permis, nous le paierons un jour . . .

Le 6 mai 1937, il explosa à New York et brûla entièrement.   II avait cesse de nous espionner !

Durant l’hiver 39-40, séjourna a Bourguignon, une unité de l’armée : des dragons à cheval, logeant dans les granges, les chevaux dans les écuries, désœuvrés, sans grande discipline et grand moral. C’était le début du pourrissement de cette armée, ce que l’on a appelé « la drôle de guerre ». Les soldats jouaient aux cartes, buvaient, se passant le temps comme ils pouvaient, dans l’inaction. Comme la ligne Maginot « était infranchissable »,les Allemands ne pouvaient pas envahir la France, par ou auraient ils bien pu passer ? Mais que diable, 1’on n’y avait pas songe . . . mais par la Suisse !

Et nous voila a faire des fortifications le long de la frontière suisse. Ulysse VADAM , mobilisé, était du nombre de ceux qui édifiaient des fortifications du cote de Biaufond Je me souviens qu’a l’époque, mon père qui avait une auto (B2 Citroën) avait emmené quelques unes de leurs épouses pour leur rendre visite. A Pont de Roide, en face de 1’actuelle Maison pour Tous, l’armée avait installé un barrage anti-char, fait de rails de chemin de fer dressés et qui comportait une étroite chicane pour le passage de la circulation.

Avant la guerre, avait été construit un fortin sur les hauteurs, en arrivant à PONT de ROIDE, pour surveiller le passage du pont, le garde corps en ciment avait été remplacé par des grilles métalliques.

A BOURGUIGNON des soldats servaient une mitrailleuse au Croz, juste au dessus des écoles, pour prendre le pont en enfilade. Au bout du pont, coté écoles, avait été dressée une guérite, avec son factionnaire. Un soir, redescendant des fermes de Chassagne avec mon père nous avons trouvé le soldat en faction, dormant comme un bienheureux ; nous aurions pu lui prendre son fusil. . .

A la vérité, nous étions bien gardés !

La guerre ?

Mais elle était loin, et journellement revenaient les mêmes communiques :

« Rien à signaler, activité de patrouilles ».

La vie n’avait pas changée, l’essence s’achetait avec des bons mais elle ne manquait pas. II est vrai que sur de larges affiches, la propagande française montrait la France, l’Angleterre en noir avec leurs colonies et au milieu, un petit point rouge : l’Allemagne, et en légende « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ».

Sur une autre, une affirmation de Reynaud, président du conseil « la route du fer est coupée », parce que soi-disant, l’expédition française en Norvège avait pour les Allemands, coupé leur approvisionnement de minerai venant de Suède. De grandes affiches pour récolter de la ferraille montrant boites de conserves vides, avec le slogan « Avec votre vieille ferraille, nous forgerons l’acier victorieux ». Rien de moins ! La ferraille, ce furent les Allemands qui s’en emparèrent à l’automne 1940. . .De toutes façon disait-on, l’Allemagne sera obligée de se rendre, elle sera affamée à cause du blocus.

Ils avaient préféré des canons plutôt que du beurre, eh bien qu’ils crèvent !

 

C’était oublier qu’avec leurs canons, ils sont venus prendre notre beurre !

De toute façon, suite aux accords germano-soviétiques du 23 aout 1939, la Russie fournissait à l’Allemagne, tout ce dont elle avait besoin : pétrole, matières premières, nourriture. . .

Et c’est ainsi que nous avons eu sous les yeux le long pourrissement de l’armée Française durant cette hiver 39-40.

La tactique allemande de la Blitzkrieg contre l’armée polonaise (battue en 15 jours !), c’est-a.-dire l’action combinée de l’aviation et des chars formées en division blindée, aurait du nous ouvrir les yeux.

II n’en fut rien, et nous en étions restes à la guerre des tranchées de 1914. II est vrai que nous étions les plus forts!… Puis le 10 mai 1940, comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage, c’est l’invasion par les Allemands de la Belgique, de la Hollande et du Nord de la France, l’encerclement de nos troupes à Dunkerque, et leur évacuation par la marine anglaise. Ce sont les premières mauvaises nouvelles :

un fils Tyrode, de Bourguignon est porte disparu, a-t-il été tué ou noyé ?

Notre courageux gouvernement s’enfuit a Bordeaux, Paris est occupe. Nos troupes sont désorganisées par des ordres et des contre-ordres, c’est la fuite générale sur des routes encombrées de civils sous les bombardements des Stukas (avions en piqué », abréviation de Sturzkampfflugzeug).

Cette technique s’inspire probablement de la chasse du faucon. En plongeant quasiment a la verticale sur sa cible, dans le même axe d’orientation que celui qui sera emprunte par les bombes, l’avion largue les bombes tout prés de la cible,à grande vitesse. Les bombardiers en piqué peuvent ainsi effectuer avec une relative facilité des bombardements très précis de cibles mobiles ou de petite taille, sans avoir besoin d’un système de visée/bombardement sophistiqué.Certains avions étaient équipés d’un système automatique qui larguait la bombe et redressait 1’appareil au bon moment, permettant de pallier une éventuelle perte de connaissance du pilote.

A l’époque, je me trouvais au petit séminaire de Maiche, ou mes parents m’avaient placé. S’il y avait eu comme aujourd’hui, des conseillers d’orientation, sans doute auraient-ils remarque que j’étais fait pour être prêtre comme pour concourir à Miss France. C’était ainsi. Le supérieur, conscient du danger de l’invasion allemande,nous renvoie dans nos familles. J’attends mon père et au dessus du séminaire, à basse altitude, passe un avion allemand, avec ses croix noires ; je le vois encore : un bimoteur, et je remarque, pour la première fois, qu’il a à l’arrière une double dérive, ce devait être un Dornier.

Le soir, je suis à la maison. Un matin vers le 10 ou 11 juin, avec mon père, nous allons chercher de l’herbe pour nos vaches « sous Combton ». En arrivant sur la grande route, passe un soldat à vélo, isole, allant contre Pont de Roide et subitement montrant du doigt la direction de Mathay, il nous dit : « ça déménage la haut ».

Interloqués, mon père et moi, nous ne comprimes pas.

Le lendemain, oui, c’était le début de ce qu’on a appelé « la débâcle de 1940 ».

C’était la retraite de l’armée Française et de ses unités qui se trouvaient derrière la ligne Maginot, en direction du Sud de la France avant que les Allemands ne coupent notre pays en deux, en arrivant sur la frontière suisse. C’était aussi une masse de civils apeurés par les mauvais traitements que nos adversaires avaient fait subir aux régions occupées tors des deux dernières guerres et qui fuyaient devant eux. Les premiers à se sauver furent des officiers Français dans leurs autos bariolées.

A la question « Ou allez vous ? », Ils répondent embarrassés « Préparer des positions de refuge et de défense » . Et nous avons sous les yeux une cohue indescriptible, composée de véhicules de tout (genre : civils avec automobiles, camions, motos, vélos, voitures à chevaux, charrettes à bras, voitures d’enfants, brouettes, avançant lentement, mais sans Des gens chasses par une peur panique jour et nuit, sur toute la longueur de la route, dans le même sens et le plus grand désordre. Le tout mélangé a des unités de l’armée, dans un fouillis inextricable. . .Ici, de l’artillerie, train des équipages, de l’infanterie, le plus souvent sans arme, une piétaille sans but ni chef

Sur un caisson, passe un cousin de ma mère qui nous interpelle.

Une amorce de départ précipité commence, avec les affectes spéciaux, qui devaient se rendre a Bordeaux pour travailler a la défense nationale. Rien ne devait entraver ce fleuve et cette fuite éperdue.

C’était la réédition de la retraite de l’armée Bourbaki, en 1871.

Une auto en panne était bousculée dans le fossé.

Un pitoyable spectacle de gens qui allaient sans but et la peur au ventre, et qui sans le savoir, s’exposeraient plus tard au mitraillage de l’aviation ennemie sur ces mêmes routes.

Une exception réconfortante dans cette déroute : l’armée polonaise, formée de travailleurs immigrés en France. Officiers à cheval en tète, les hommes marchaient en armes, en ordre et en rangs, ils se battirent courageusement a Saint Hippolyte, à Maiche et en montagne.

Nous assistions impuissants à la déroute et à la liquéfaction de notre armée.

Nous vécûmes une folie collective et il est difficile de narrer tout ce que nous avons ressenti.

Quelques exemples : Ma famille avait dans les Vosges, une proche parenté. Un soir, des cousins arrivent en vélo.

  • « Où allez-vous ? »
  • « De l’autre côté ».
  • « Mais encore ? »
  • « De l’autre côté. »

Ils atteignirent le pays de Gex mais eurent mille maux pour rentrer à cause de la ligne de démarcation imposée par les Allemands.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivait à Bourguignon le père Brenot, brave homme si il en était et originaire de Villers Chief, cet homme claudiquait. Il part un beau matin, avec sa femme et sa gamine, dans une charrette à deux roues et à pied. Ils arrivent in extremis à Villers Chief pour s’abriter dans les caves, la bataille faisant rage entre soldats polonais et allemands.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Bourguignon se trouvait une honorable famille composée de la mère et de trois filles, dont l’une d’elle avait perdu son mari Officier à la grande guerre de 1914. Depuis lors et pour des raisons que, sans doute elles mêmes ignoraient, elles étaient restées (sauf une) cloîtrées dans leur maison, gagnées par la peur ambiante. Elles vont demander au curé de les emmener. Elles partent et ayant rencontré les Allemands à Gray, reviennent par le même chemin, car les troupes allemandes sont arrivées non pas par Belfort ou Montbéliard, mais par Besançon et Pontarlier.

Charles Feuvrier, qui habitait dans la plaine, est allé cacher son quadrilette Peugeot au virage du Fer à Cheval à Warembourg.

Les Allemands étant arrivés à Pontarlier, ferment la nasse, de nombreuses troupes françaises et polonaises n’ont d’autres choix que d’entrer en Suisse voisine et d’y être internées. Sur les traces de la débâcle, des monceaux de matériel et de chevaux sont abandonnés : camions, fourgons, armes, munitions de tout genre, beaucoup de chevaux blessés, des harnachements, véhicules de toute; sortes. Le dimanche 15, alors que les cloches appellent à l’office, on entend un bruit d’avion puis des grondements sourds. Les avions (on a dit italiens, mais ils sembleraient loin de leur base et ils venaient de l’est…) bombardent la ligne de chemin de fer au Fourneau mais la manque. Par contre, une bombe en plein dans le mille, au virage de la plage à Pont de Roide coupe la route et la projette dans le Doubs. La retraite coupée passe maintenant par Rochedane avec des difficultés grandissantes. Puis subitement, l’exode s’arrête : la route est vide. Se dégage une impression de peur et de solitude.

Comme d’autres, le village s’est vidé d’une partie de ses habitants. Mais la bataille se rapproche, le canon tonne, le combat fait rage à Maîche, Saint Hippolyte, entre troupes polonaises et allemandes. La chapelle Notre Dame du Mont est en flammes. L’inquiétude nous gagne. C’est alors que l’on reçoit la visite de Paul Friot, qui habitait au bord de la mande route (actuellement la maison d’Alain Wischi). Très ami de mon père car bricoleur, il venait souvent à l’atelier, il lui dit : « On va se faire canarder et il faut faire un abri dans la grillotte (passage pour descendre au Doubs), on va recouvrir le tout avec des madriers de chêne et nous serons à l’abri en cas de coup dur. Ce qui fut fait. Mais quelques jours après, en nous levant, nous avons eu la surprise de constater que le Doubs en crue (il n’avait pas plu) allait emporter nos chers madriers… C’était dû au fait que les troupes françaises en retraite, pour se protéger, avaient partiellement fait sauter le barrage de Grosbois, en amont de Soulce.

Paul était un personnage typique, comme beaucoup à l’époque, et je voudrais retracer quelques traits de son caractère : Nous autres gosses, nous aimions l’entendre raconter sa vie car il avait pas mal bourlingué. Etant allé faire la guerre à Salonique et craignant que le bateau ne se fasse torpiller, il dormait sur le pont du navire, prêt à sauter à l’eau (il nageait comme un poisson !). Servant dans les spahis durant la guerre de 14 et de passage à Audincourt, il demande à son capitaine la permission de venir saluer sa famille de Bourguignon, qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Permission accordée, monté sur son étalon blanc, il galope vers Bourguignon. Au pont de Mandeure, il rencontre la laitière de Mandeure qui revenait de Mathay avec sa jument en chaleur. Malgré les efforts du cavalier, l’étalon monte sur la limonière, puis sur la charrette et la laitière terrorisée ! Et il riait en nous racontant cette histoire !

Il n’y avait plus de pneus vélo pendant la guerre. Pour y remédier, et avec obstination, Paul taille au couteau deux pneus dans des bandages pleins de camion. Pas très confortable, lourd mais inusable et increvable ! Sur la fin de sa vie, seul, il perdait un peu la tête et s’en allait jeter des outils dans le Doubs en disant « Autant que les Boches n’auront pas !». Vieille haine que partageaient nos vieux poilus, qui après avoir sifflé une bonne bouteille, s’essuyaient la moustache d’un revers de manche en disant:

« Encore une que les Boches ne boiront pas ! ».

Mais les Boches, on les avait ! Travaillant au champ derrière la forge, nous vîmes arriver le premier à Bourguignon venant de Pont de Roide en moto. Il retourne vers le chemin qui mène au local de distillerie. C’était le vendredi 21 juin. L’occupation commençait…

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