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EJP

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Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LA LIBERATION D’ĒCURCEY TELLE QU’ELLE M’A ĒTĒ RACONTĒE

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La libération qui a eu lieu les 14, 15, 16, 17 novembre 1944, donna lieu à de violents et coûteux combats en vies humaines, entre autres la prise d’Ēcurcey.Le 13 septembre 1944, une tentative menée par 150 F.F.I du Lomont dont le groupe Tito échoua devant une résistance » allemande supérieure en hommes et surtout en matériel.

A Roches les Blamont, le fait m’a été rapporté par M. Georges GROSRENAUD, de nuit une patrouille allemande agite des cloches de vaches, une patrouille française par curiosité approche, tous ses membres furet exterminés.Un habitant d’Ēcurcey, M. Edmond CHOUFFET me racontait : Des résistants en armes montent la route depuis la Crochère et conduisant à Ēcurcey, route appelée « Les Longchamps », sans se cacher, sans inquiétude, ils s’interpellèrent, plaisantent. Un officier allemand les aperçoit depuis le « balcon » surélevé du village d’Ēcurcey. Parlant français il dit : « Il n’y en a pas pour longtemps » Un coup de téléphone, un ordre. Des mortiers lourds écrasent ces pauvres gens. Le soir des Allemands descendent le chemin pour détrousser les cadavres. Ēcurcey avait une position dominante et, avec Ēcot, fait partie du système fortifié allemand qui barre les débouchés français. Au sud la combe des « Longchamps » avec de chaque côté des pentes abruptes balayées par des tirs croisés était infranchissable. En direction d’Autechaux un véritable glacis plat comme la main.

Le 15 novembre, précédé par un intense bombardement d’artillerie les Français attaquent,les Allemands solidement retranchés les attendent. Dans une de leur casemate un obus pénètre par la fenêtre de tir et éclate à l’intérieur tuant tous ses occupants. De part son emplacement elle aurait pu, disait-on, faire de nombreuses pertes dans les rangs des assaillants. A l’embranchement du chemin de Chassagne en direction de Grattery un bois en position surélevée, des tranchées de tir reliées entre-elles, des casemates aménagées forment un véritable ensemble défensif. Devant les près battu par des mitrailleuses et à l’extrémité une contre pente. Les soldats français cloués au sol ne pouvaient avancer. Arrive sur la position allemande un matraquage d’artillerie lourde, bien réglé à vue depuis le Lomont, un espace bien encagé. Des arbres et de leurs branches tout est haché, il ne reste que du menu bois : ce qui permet aux Français d’avancer et de se trouver le 15 au soir aux limites sud du bois de  JEANNEY.

Le 16 novembre, Chassagne est pris et les Français avancent en direction d’Ēcurcey. A l’entrée d’Ēcurcey, une ferme brûle avec ses défenseurs qui ne veulent pas se rendre. Côté Autechaux, impossible d’avancer, des mitrailleuses installées en haut du transformateur électrique bloquent toute progression. A la libération les habitants d’Ēcurcey découvriront des monceaux de douilles vides au bas du transformateur. Dans les murs des maisons les Allemands ont percés des meurtrières et aménagés des postes de combat, mis en place des échelles pour y accéder plus rapidement. Cloués au sol de ce côté, les Zouaves contournent ce secteur et attaquent depuis Roches les Blamont. Les Allemands retranchés dans une haie, les laissent avancer et les prennent à revers, un carnage.

Enfin venant de Chassagne, après une vive résistance au cimetière d’Ēcurcey les Français au devant de ceux venant de Roches les Blamont encerclent les soldats allemands. Ceux qui fuient sont impitoyablement abattus. Un habitant d’Ēcurcey me disait : « Après la bataille les cadavres allemands étaient empilés comme des stères de bois ». Une infirmerie installée à Autechaux soigne en première urgence tous les blessés, Allemands ou Français qui râlant arrivaient sans discontinuer. La prise du village coûta, dit-on, 90 morts aux Français plus les blessés. Les morts furent ensevelis provisoirement dans un lieu le long de la route qui depuis Pont de Roide monte à Chatey au-dessus de la station électrique. A cause du danger des mines beaucoup de cadavres allemands passèrent l’hiver sur place. Les corbeaux, cet hiver là ne souffrirent pas de la faim, pouvant se repaître et des cadavres et des bestiaux tués lors des bombardements. De suite après la libération les civils se rendirent dans les tranchées et les casemates pour récupérer, s’il en était encore possible, ce que les Allemands avaient volé : couvertures,fourneaux, mobilier, matériel culinaire et autre.

M. CIRĒSA de Chassagne à qui un ami avait fait cadeau d’un tabouret en bois pour ses petites filles voit dans la tranchée un soldat allemand assis dessus, mort à son poste de combat. Un coup de pied dans le dos le fait basculer et récupérant le tabouret : « Ce n’est pas à toi ! » Dit-il. Cette manière de faire, ces propos qui aujourd’hui nous paraissent inhumains, étaient à l’époque naturel et monnaie courante, tant les gens avaient souffert et subis toutes sortes d’agressions et de vexations, ils en étaient devenus durs et insensibles.

Après la guerre, une commission de civils allemands est venue relever les morts allemands enterrés à la hâte dans leur emplacement de tir. Ces civils allemands nous questionnaient ;connaissions-nous des localisations de tombes allemandes ? Sur mes dirent, ils en relevèrent . Dans l’une d’elles ils trouvèrent les restes d’un soldat qui avait 4 jambes. Que la guerre est triste est cruelle ? Je ne puis m’empêcher de penser à la tombe d’un soldat allemand sur le bas côté de la route, victime des combats du 6 et 7 septembre 1944 au col de Ferrière. Passant fréquemment devant cette tombe je me disais, complètement détaché « Quelle idée de venir mourir là ! » Par la suite j’appris que ses parents, chaque année et tant qu’ils le purent, venaient d’Allemagne sur la tombe de leur fils,fils unique d’un couple d’enseignants qui passa le restant de sa vie à pleurer la mort de leur enfant. Apprenant cela, ce soldat n’avait plus pour moi les traits d’un anonyme mais celui d’un jeune plein de vie et que la guerre avait fauché cruellement au col de Ferrière.

Que les générations qui nous suivent cultivent le culte de la paix, de l’entente et de l’amitié avec leurs voisins ; qu’ils ne connaissent jamais ce que ma génération a connu ! C’est le voeu le plus cher que je leurs souhaite.

Précisions sur les différentes mines allemandes qui ont été posées sur le front en 1944 !

Mines antichars : Capables de culbuter un char ou de lui infliger de gros dégâts.

Teller mine

La Tellermine : mine assiette ronde métallique, d’un diamètre de 40 à 50 cm.

La Panzermine : métallique. Longueur environ 50 cm, section 15 X 15cm. C’est le couvercle qui en s’abaissant sous une charge élevée, environ 200 kg, actionnait le dispositif de mise à feu. Elle était sécurisée par deux broches transversales que une fois en place, les poseurs retiraient.

La Holzemine : Une mine toute en bois. Une caisse d’environ 50 cm au carré avec deuxpains d’explosif. Difficilement détectable avec des appareils de détection magnétique.

 

 

 

Schuhmine

Mines antipersonnelles :La plus répandue : la mine à pied,la Schuhmine : Aspect carré d’une boite de fromage, fabriqué généralement en bois, très sensible. Elle ne devait pas tuer mais arracher la jambe ou le pied. Outre les cris du blessé qui démoralisaient les assaillants, il fallait s’occuper de lui apporter des soins.

La Sprengmine : Mine sauteuse, la plus dangereuse. Percutée, elle éclatait à 1,50 m de haut projetant autour d’elle une multitude d’éclats constitués de fer rond coupés en biseau. Elle pouvait en outre être déclenchée par des fils de fer (petits et noirs) de traction.

La Glassmine : Mine en verre qui fut posée dans les Vosges. Redoutable car les éclats enverre étaient indétectable aux rayons X.

 

 

Depuis, de multiples (progrès !) ont été fait pour tuer davantage de personnes.

 

CONCLUSION  : J’en ai terminé avec mon récit que j’ai écrit à l’intention de mes neveux et petits neveux et à tous ceux qui n’en trouveront pas la lecture trop ennuyeuse.Il comporte des redites, des fautes d’orthographe, d’accords ou de syntaxes. J’avoue que je n’ai jamais fait la rentrée des classes avant la toussaint, à l’époque, l’on n’avait pas encore inventé la clôture électrique pour garder les vaches aux champs !

Je veux terminer ce qu’il ne faut pas considérer comme un roman, ni des mémoires, ni un traité d’histoire mais le récit d’une période de ma vie que, avec beaucoup d’autres personnes, avec ma famille j’ai enduré ; période faite de soucis, de privations et de dangers. Les faits relatés ici sont vrais, toutefois je ne garanti pas leur ordre chronologique.

C’est sur une note d’espoir, de paix et de fraternité que je voudrais mettre un terme à mes« Racontotes »

Karl HETZ notre prisonnier et maréchal-ferrant fut libéré et retourna à Rottweil (Bas Wurtemberg) sa ville en mai 1947. Depuis lors et chaque année à l’occasion de Noël et du Nouvel An, il ne manqua jamais de nous écrire. Par la suite nous, nous sommes fréquemment rencontrés chez l’un ou chez l’autre. Ses enfants sont venus en vacances chez nous. Nous l’avons invité lors de fêtes de famille, en compagnie de son épouse Rosa, noces d’or et autres.Les anciens de Bourguignon qui l’avait connu lors de sa captivité, s’en rappelèrent fort bien.

Depuis leur décès nous restons toujours en relation avec ses enfants. Tout ceci démontre,s’il en était besoin, l’imbécillité, la cruauté et la sauvagerie de la guerre. Peut-on imaginer que sans nous connaître, nous aurions pu, avec Karl, nous entretuer ? Quels souvenirs me restent-ils de cette époque ? Que j’ai échappé à bien des dangers, que sans le savoir j’ai côtoyé la mort. Certains diront que j’ai eu de la chance, d’autres que j’ai eu la baraka. Pour ma part, étant croyant, je suis sur que Dieu m’a protégé. Qu’il en soit béni à jamais.

PS : Bien des personnes citées reposent dans notre cimetière ou l’on peut lire leur nom sur les pierres tombales.

Bourguignon, le 15 janvier 2009. André MAUVAIS