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EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LES PRISONNIERS ALLEMANDS ET LE DÉMINAGE

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Poêle à frire

Au printemps 1945, arrivent à Bourguignon des prisonniers allemands. Ils logent dans la ferme à côté de l’église à l’emplacement actuel de la maison de paroisse et sont gardés jour et nuit. Leur travail : déminer la ligne de chemin de fer entre Pont de Roide et Voujeaucourt.

L’emploi de la « Poêle à frire » appareil magnétique est inopérant pour les détecter à proximité des rails, l’appareil sonne en permanence. C’est à la main, muni d’un court crochet qu’ils déplacent le ballast d’une traverse à l’autre. Celui qui les commande est un ancien de la légion étrangère, baroudeur et tête brûlée. Il porte le képi blanc traditionnel et c’est la raison pour laquelle les prisonniers l’ont surnommé « Schneewflchen »(Blanche neige) . Excellent tireur qui au mousquet de cavalerie abat un corbeau à 50 mètres, Il dit aux prisonniers : « Vas-y sauve-toi » De toute façon une nuit deux prisonniers ont fait la belle pour se réfugier, je pense en Suisse. Ils meurent de faim, je les ai vus, de mes yeux vus, manger des grappes de sureau vert.

 

 

 

A proximité des écoles ,un barrage de mines entre le Doubs et la ligne de chemin de fer. Elles avaient été enlevées auparavant. Le chef démineur allemand qui commandait le commando trouve une mine oubliée avec sa « Poêle à frire » Cet homme un pionnier du génie allemand, posait des mines et des pièges depuis l’Afrika-Korps et avait de l’expérience. Avant midi, il dit : « Je vais la désamorcer, un curieux ou un enfant pourrait s’en approcher ». Une formidable explosion retentit, les restes du soldat furent mis dans une petite caisse que mon père avait faite. L’année suivante fauchant les foins aux alentours, des craquements dans la barre de faucheuse m’intriguent, c’était les restes du malheureux. Le métier de démineur était très dangereux et ne pardonnait pas. Avait-il fait une fausse manoeuvre ou la mine avait-elle été piégée par ses camarades l’ayant posée ?

Des gradés du commando viennent parfois à l’atelier vers mon père pour exécuter des bricoles. Un jour mon père dit à l’un d’eux : «Parmi vos hommes n’en auriez-vous pas un qui pourrait ferrer un cheval ? » Le soir, arrive un prisonnier qui se présente. Il ferre le cheval alors que je tiens les pieds. Une fois terminé ma mère me dit : « Demande-lui s’il veut manger quelque chose » Il dit « Oui ». Nous étions une famille nombreuse et ma mère avait cuit et préparé un plat de patates pour tous. Il mangea si bien qu’il n’en resta rien, il y avait longtemps qu’il n’avait mangé à sa faim. Ma mère du à nouveau préparer à souper. Par la suite j’ai eu souvent l’occasion de le lui
rappeler en me moquant de lui gentiment. Aussi longtemps que le commando demeura à Bourguignon, il vint chaque jour nous aider aux champs. Puis le commando partit à Plancher les mines qui portait bien son nom à ce moment la, le sol était truffé de mines. Jusqu’au début de l’hiver nous n’entendîmes plus parler du « Karl »

Puis un jour, je crois par la poste nous reçûmes un morceau de papier sur lequel il nous disait qu’il était au fort Hatry à Belfort en nous demandant d’aller le chercher. Mon père me dit : « Vas-y » Je prends le car et j’arrive au fort Hatry. Je demande un prisonnier du nom de HETZ, et l’on amène un prisonnier inconnu. Je dis : « Non pas celui la » C’est celui la ou rien me dit le planton. C’estce que l’on verra dis-je. En effet le commandant du fort était le commandant WOUTHERS de Pont de Roide que mon père connaissait particulièrement. Je vais le voir et je lui explique la situation. Allez chercher Karl HETZ dit-il. Et me voilà de retour à la maison avec mon prisonnier et son baluchon. Karl restera chez nous 18 mois. Il nous raconte comme il a échappé à la mort, ses nombreux camarades tués ou blessés

 

 

Suite aux pertes, les prisonniers refusaient de déminer ; ils terminaient le travail couchés côte à côte à la baïonnette pour sonder le sol sous la menace des pistolets. Lors de l’explosion d’une mine ayant fait de nombreux blessés, c’est le légionnaire qui dans un terrain non déminé alla les chercher sur son dos ; il manquait certes d’humanité mais pas de courage. Karl rentra à Rottweil son pays en mai 1947.

Mine sauteuse allemande

 

 

 

Note : La majorité des mines à Plancher les Mines étaient des mines S (Sprengmine) (mine sauteuse). A l’aide d’une charge de poudre elle s’élevait à 1,50 mètre et éclatait projetant tout autour des éclats constitués par de petits morceaux de fer rond coupés en biseau. Elle était, on ne peut plus meurtrière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bourguignon, le 1er janvier 2009. André MAUVAIS

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