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EJP

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Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LE RETOUR À UNE VIE NORMALE ET LA RECONSTRUCTION

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Le lundi 27 novembre 1944 au matin, nous devons nous rendre à Pont de Roide pour percevoir des vivres de première urgence. Avec mon père nous attelons le cheval à la charrette et nous voilà partis. Aux Fourneaux, une charpente que nous avions faite au mois de juillet est partie en fumée, de la maison adjacente il ne reste que les murs noircis. Dans un énorme fossé (vers le lotissement actuel) un camion allemand est retourné les roues en l’air. Le mur de l’annexe est percé de meurtrières, c’était les premières lignes françaises.

En arrivant à Pont de Roide nous allons vivre un événement cocasse. Nous rencontrons une connaissance de mon père dont j’ai oublié le nom. Voyant mon père, l’homme s’arrête interdit, sidéré, comme si la foudre lui était tombé dessus, son visage est livide, il a peine à articuler, les mots sortent difficilement de sa bouche : « C’est bien toi Antoine ? » Dit-il,« C’est bien toi ? » Mais oui dit mon père, je n’ai pas changé. Mais c’est bien toi ? Oui répète mon père, je ne suis pas un revenant. Il s’explique : « Le bruit avait couru que les boches t’avaient fusillé et nous l’avions cru ». Par la suite devant la mine des gens, nous éclatons derire pour montrer que nous sommes bien vivants. Le dépôt de vivres se tient sur la place anciennement magasin LEROY. Vers l’hôtel BOILLOT est restée la carcasse d’un char allemand qui a brûlé.

C’est Roger BESSON, électricien de métier et ingénieux bricoleur qui suggère : Si nous pouvions amener à Bourguignon le courant électrique depuis la station de l’usine de la Forge, nous pourrions nous éclairer, car dès les premiers obus le courant à été coupé par la chute des fils moyenne tension, et le terrain étant miné, il est hors de question d’effectuer la réparation. Il suffirait dit-il de raccorder le réseau de Forges à celui de Bourguignon. Avec l’aide de l’armée, nous, nous mettons au travail, empruntant un poteau téléphonique le long de la voie ferrée pour supporter les fils, tant et si bien que le jeudi soir nos ampoules s’allument. C’est la satisfaction. Nous n’avons ni bougies, ni pétrole ou autre.

Sur la grande route se suivent sans interruption des convois militaires en tous genres, jeep avec remorques, G.M.C, nous regardons passer tirés par des tracteurs à chenilles ces redoutables obusiers qui ont fait tant de mal à notre village.

Les jours précédents un soldat dit à mon père « Les Allemands ont construit une baraque en bois, peut-être y a t-il quelque chose à récupérer. Nous allons voir. Dans la combe au-dessus du château d’eau actuel et sous le chemin de Varembourg, au virage, les Allemands, sans doute pour un poste de commandement, ont bâti quelque chose de bien et de douillet. Abrité des tirs, couvert en tôle et de déblais protecteurs, bâti en planches qu’ils nous ont volées ;double parois remplies de mousse, plancher bois, couchettes, tables, chaises, fourneau, rien ne manque, de nombreuses lignes téléphoniques y arrivent. Nous décidons de tout déclouer et de récupérer le bois, ce que nous faisons. Il y aura par la suite des trous de clous dans la menuiserie, mais à l’époque, l’on n’est pas à ça près, le tout est d’arrêter les courants d’air.

 

 

Le vendredi matin, le village est calme, les soldats ont quittés le village durant la nuit pour participer à la contre attaque sur Réchésy contre les Allemands qui s’efforcent de couper nos lignes en direction de la frontière suisse. Un véritable massacre ! 80 d’entre eux abattu d’une balle dans la tête par des SS allemands, tireurs d’élite et perchés dans les arbres. Parmi eux deux jeunes gens de Mathay, les fils MARCHAND et BERÇOT fraîchement engagés les jours avants. C’est l’abbé MARION originaire de Courtelevant qui procéda à leur inhumation,une plaque avec leur nom est apposée sur le mur de l’église de Courtelevant.

 

 

 

 

Le 25 novembre 1944, je vais à Dambelin en quête d’une vache laitière à acheter. AuxForges à l’entrée de l’usine, vers le bâtiment de gardiennage je remarque un tas de mines anti-chars allemandes qui barraient la route et que les Français ont entreposées.Vermondans est en grande partie ravagé, les maisons détruites, brûlées, le spectacle qui s’offre à nous est désolant. A chaque entrée du village des pancartes portant l’effigie d’une tête de mort avec la légende « mines » et une pancarte mettant en garde les gens de ne quitter la route en aucun cas. Dans la cour de l’école des passages déminés sont délimités par de longs rubans blancs ; que tout est triste ! A mon retour, il n’y a plus la maison du gardien à la Forge, l’explosion des mines l’a soufflée. Il manque les deux frères JACQUOT,dont l’un André est de mon âge (madame JACQUOT était veuve). On les cherche et l’on trouve l’un dans la cour de l’usine, l’autre à proximité de la gare, le souffle les a tués et projetés jusque la. Le gardien, M. FESSELET, dont l’épouse et la fille ont été tuées à l’évacuation, mu par un besoin pressant quitte sa maison, c’est ce qui lui sauve la vie.

Comme il faudra bien manger cet hiver nous allons arracher des pommes de terre, notre champ est sur le Port, rive droite du Doubs. Le pont ayant sauté nous passons, avec ma mère, le Doubs en barque le matin avec sacs et crochets. La neige recouvre le sol, il fait froid. Ma mère a peur des mines et prie tout en maniant le croc. Sur le pré nous découvrons un objet dressé sur le sol, il s’avère que c’est une mine à main, nous l’ignorons, que fait-elle là ? Ma mère la prend délicatement et la transporte au bois. En début d’après-midi je reviens, j’attelle le cheval et passe par Pont de Roide pour aller chercher nos patates. Le pont de Pont de Roide ayant sauté, il a été remplacé par un pont BAILEY, mais mon cheval s’habitue aux rampes d’accès. Sur le Port les Allemands ont mis en place un champ de mines anti-char en bois (Holzmine) difficilement détectable avec les appareils magnétiques. M. GOUDRON (dit Castagne) de la « Crochère » en a enlevé une ce qui permet le passage, mais il faut bien tenir le cheval par la bride, passer perpendiculairement et ne pas faire d’écarts entre celles qui restent menaçantes. De retour de nuit et sans lumière aucune, je suis frôlé par les camions des convois qui pour relève montent au front. Comment n’ai-je pas été tué reste un mystère et un miracle ? C’est bien après que l’on réalise.

L’hiver est très froid et enneigé. J’ai touché un tricot rouge marqué « Américan Red Crops »Comme il était bien chaud ! Qui parmi vous se souvient d’avoir acheté et possédé un tricot 64 années après ? Sans cesse le canon tonne en Alsace : Ce n’est qu’en février 1945 que la fameuse poche de Colmar est réduite.

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