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EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LA LIBĒRATION À PARTIR DU 16 NOVEMBRE 1944

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Le 16 novembre 1944 au soir une pièce allemande de 88 mm postée, je crois aux« Longines » tire avec des obus traçants, en suivant leur trajectoire j’en déduit qu’ils ont Bourguignon comme objectif, donc si Bourguignon est libéré c’est que les Français avancent. Le vendredi en soirée trois soldats allemands, sans doute égarés et juchés sur un triporteur empruntent la rue de l’Ēglise, ils retournent à son extrémité et ne demandent pas leur reste :ce sont les derniers Allemands en liberté que nous voyons dans notre rue.

Dans la nuit précédente, nos voisins de palier reviennent, deux d’entre eux soutiennent un de leur camarade, la poitrine traversée par une balle.

Carabine Américaine

 

 

Vendredi 17 novembre 1944,la nuit allait tomber, nous voyons apparaître un militaire qui l’arme à la main, prêt à faire feu, avance prudemment, l’oeil aux aguets, nous sommes perplexes : Allemand ou Français. Il parle français, c’est une explosion de joie, nous l’entourons, depuis si longtemps nous attendions cet instant. Sur la route de Valentigney,rive gauche, des soldats allemands retraitent. Je dis au soldat, dans mon incompétence « Tirez leurs dessus », « Non » répond-il, ils sont trop loin, hors de portée de sa carabine américaine, je suis déçu.

 

 

 

 

Nous rentrons à la maison, bien nous en pris. Les Allemands,sans doute en guise d’adieu nous expédient une rafale de mortier, très dangereuse à découvert ; des obus qui arrivent à grande cadence et avec fracas. D’autres soldats français arrivent, nous sommes heureux, c’est la libération. Le même soir des hommes de Mandeure qui étaient montés au Lomont, habillés en militaires rendent visite à Marcel GIRARDOT, nous les questionnons : Pourquoi n’avez-vous pas continué d’avancer en septembre ? Ils nous répondent ce que nous ignorons « L’armée française était à bout de souffle suite à son avance depuis le midi de la France, n’avait plus ni essence, ni munitions. »

LE RETOUR DES HABITANTS LE 18 NOVEMBRE 1944

Le lendemain matin samedi 18 novembre nous décidons mon père et moi de nous rendre à Bourguignon en reconnaissance pour se rendre compte de la situation. Les Allemands lors de leur repli ayant fait sauter une arche du pont de Mandeure, nous passons le Doubs en barque avec nos vélos sans savoir que dans la nuit les Français avaient édifié un pont de bateaux sur le Doubs à l’emplacement du pont actuel, l’ancien se situant en aval. Il fait une journée merveilleuse, le temps est beau, clair, chaud après ces jours de neige et de pluie. Nous croisons des convois français, et arrivés dans la plaine de Mathay nous entendons en direction du plateau de Blamont des bruits de moteur ; ce sont les colonnes de blindés qui démarrent en direction de Delle et de l’Alsace. Nous entendons de même un matraquage d’artillerie qui nous surprend. Les Français sont déjà bien avancés,de quoi s’agit-il ? Ce sont des Allemands qui acculés à la Suisse, résistent dans la poche du bois « Des Trembles » vers Villars-les-Blamont et qui résistent encore tout le dimanche causant de lourdes pertes aux Français.

Nous arrivons à Bourguignon. Quel triste spectacle, des trous d’obus partout, les fils électriques pendent en bas des poteaux, les toits des maisons sont dévastés, des trous béants dans les murs, les façades criblées de trous occasionnés par les éclats, le monument aux morts n’y a pas échappé. Les branches des arbres sont sectionnées laissant apparaître des moignons déchiquetés. Un énorme trou d’obus face à la maison CAGNON (GIRARDIN) nous oblige à slalomer dans la rue pour le contourner. Le hangar à l’arrière de la maison est complètement démoli. Dans la rue de « La Planche aux Poules », à l’endroit ou le passage est rétréci entre les maisons un obus de 155 mm a démoli la façade de la maison MAVON,qui s’est effondrée sur la rue. Avec mon père, nous déblayons non sans peine un passage du côté opposé. Toute la façade de la maison MARSOT est tombée et là pas moyen de déblayer, une hauteur de plus de 2 mètres obstrue la rue. La cause est due à l’un de ces énormes obus américains à retard explosant à la cave. Des personnes abritées dans la cave auraient sans aucun doute, toutes été tuées.En arrivant chez-nous nous sommes accueillis par un de nos chats qui nous reçoit en miaulant et qui sans doute nous reconnaît. Toutes les vitres et beaucoup de tuiles manquent ou sont brisées. Dans notre cour une voiture à cheval, mais équipée avec un timon ; nous comprenons par la suite ce à quoi elle était destinée. Pratiquement tout le stock de bois de mon père a disparu, volé par les Allemands pour monter leurs abris. Et oh ! Surprise, devant l’atelier de mon père l’un de ces obus américains est tombé ; il a fouillé le sol, ce qui donne une énorme taupinière de 4 mètres de diamètre et de 1,50 mètre de haut. Par la suite je mettrai plusieurs jours avec un cheval pour débarrasser ce monticule. Une crainte rétrospective nous saisit. Que resterait-il de l’atelier et des machines à bois si l’obus destructeur avait fait quelques mètres de plus ?

La petite maison de la famille FAIVRE le long de la grande route, sans doute atteinte par l’un de ces obus n’est plus qu’un amas de décombres de 2 mètres de haut ; encore une victime de cet obusier dévastateur.Des soldats habitent le village, ce sont de F.F.I du Languedoc, je crois, qui ayant participés à l’attaque, sont nous disent-ils, en repos pour 15 jours. La roulante est installée dans la grange THIRODE (qui a brûlée dernièrement). Je dis à mon père, comme la faim ne me quittait pas, « J’irais bien leur demander quelque chose à manger ? ». Les soldats me donne la moitié d’une boule de pain américain blanc comme neige (fait, je crois en partie avec du riz) et du Corned-Beef. Mon père en coupe une tranche pour lui et je mange tout le reste.Oh ! Que cela était bon, pour une fois j’étais rassasié, et sans indigestion !

Pont flottant en construction

De retour à Mandeure nous passons sur le pont de bateaux pneumatiques. Il est composé de deux bandes de roulement pour les véhicules et de deux trottoirs de chaque côté pour les piétons et une main courante en corde.Nous apprenons que le génie répare le pont dont une arche a été détruite, aussi décidons nous de retourner à Bourguignon le jour même.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pont Bailey

 

 

Dans l’après-midi après avoir rechargé nos hardes et attelé le cheval à la voiture et notre vache attachée à l’arrière, nous partons. En arrivant au pont nous voyons que la pose du pont en éléments BAILEY n’est pas encore terminée. A l’aide de vérins des soldats du génie, sous le commandement d’un supérieur gueulard, abaissent le tablier et boum ! Il est en place. L’armée fait passer (c’était des MP, spécialistes de la circulation) un convoi militaire puis nous fait signe, c’est à notre tour. Je m’engage, le cheval à la bride, mais il glisse avec ses sabots ferrés sur les rampes d’accès (il patine dirait-on aujourd’hui), des soldats poussent lavoiture. Ouf ! On y est. Tout autour du pont des canons antiaériens « Bofort » en batterie,chargeurs engagé.

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin en face de la maison « Beugnot » nous croisons un convoi arrêté, des soldats tirent des boites de conserve et jettent dans les marais d’obus celles qui ne leur plaisent pas. C’est ce fameux Beans que nous, nous trouvions excellent mais que les soldats exècrent, ceci étant leur nourriture quotidienne. D’où l’expression « Quel Beans ! »

A Mathay, dans le pré en face du café MESSAGIER, des éléments du génie travaillent un ouvrage genre charpente. Sur un camion un groupe compresseur et des outils pneumatiques qui percent, qui scient, mon père regarde de tous ses yeux le modernisme de l’armée équipée par les Américains.

Enfin nous arrivons à Bourguignon à la nuit tombée, le cheval Frie Frie. Je comprends le lendemain matin, du fil de cuivre s’est enroulé autour des moyeux de la roue ! Nous allons à la soupe à la roulante, l’armée assurant notre subsistance pour quelques jours.

Les maisons sont froides et humides, mais nous sommes chez nous et nous dormons bien. Le lendemain dimanche 19 novembre nous allons à l’office à l’église. Je sonne les cloches (la grosse) et plein d’entrain je tire si fort que je casse la corde (elle devait être usée). Beaucoup de militaires assistent à l’office, nous sommes seulement quelques familles du village de retour. A la sortie de la messe, des civils venant, je crois, de Pont de Roide distribuent des journaux, nous apprenons ainsi le massacre d’Oradour sur Glane.

L’après-midi se passe à remonter des caves le linge et les objets qui ont été mouillés par la montée du Doubs. Arrive Jojo BESSON habillé en militaire : employé de culture à Grammont en Haute Saône, il s’est engagé dans l’artillerie lourde. Il nous apprend qu’un garçon de Bourguignon réfugié chez son oncle à Voujeaucourt à été tué (il était de ma classe) et aussi celle du Jojo. Il ressent une certaine culpabilité car il a tiré les jours avant à cet endroit ; c’est la guerre !

Il fait un temps splendide, sans un brin d’air, qu’il fera jusqu’au jeudi 19 novembre midi. Du côté de Montbéliard l’on aperçoit une colonne de fumée qui monte bien droite dans le ciel :ce sont des fermes et des bâtiments qui brûlent, allumés lors de la libération.

Le samedi 25 novembre 1944, dans la plaine de Mathay une jeep avec chauffeur et un officier qui inspectaient pour faire un terrain d’aviation pour leur Pipers saute sur une mine anti-char. Tous deux sont grièvement blessés, l’officier mortellement. Le dimanche les soldats enlèvent les mines du barrage qui en quinconce barraient la plaine ,du Doubs à la ligne de chemin de fer. Ils les entassent, puis les font exploser, une colonne de fumée noire monte comme une flèche, et suit une énorme détonation, l’effet de souffle fait dégringoler au village des tuiles encore en équilibre instable, ding ding, reste au sol un énorme cratère.

Des jeunes gens de Bourguignon réfugiés à Chamesol et de retour à Bourguignon nous apprennent qu’un poulain d’un an que nous avions, au printemps, mis en pâture à Roches les-Blamont est à Chamesol. Les barbelés ayant été coupés par les obus, la brave bête s’est enfuie du côté des Français et a été accueillie par de brave gens ; cette nouvelle nous réjouit grandement.

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