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EJP

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Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LES COMBATS DE LA LIBERATION EN NOVEMBRE 1944

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Vendredi 10 novembre 1944, les enfants de 5 à 12 ans partent en Suisse sous la protection de la Croix Rouge avec des voitures à chevaux, la pancarte indiquant leur nom,accrochée autour du cou. Après que mes parents eurent bien hésité, quatre de mes frères et soeurs font partie du convoi ; ma mère pleure. Au moins ils seront à l’abri dit mon père, si nous devons passer l’hiver ici que leur donnerons-nous à manger. Merci aux familles suisses qui les ont accueillis, pour leur grande hospitalité.

Le samedi 11 novembre 1944 dans la nuit, arrivée de troupes allemandes à Mandeure. Ils sont une trentaine à coucher sur le plancher dans la pièce qui nous fait face. Je veux apporter ici une précision contraire à tout ce qui s’est raconté jusqu’à aujourd’hui, à savoir que les Allemands avaient été surpris par l’attaque française. Le dimanche un séminariste allemand se confesse vers l’abbé GISSINGER, curé de Bourguignon. A la sortie l’abbé GISSINGER lui demande « Que faites-vous ici ? » Le séminariste répond : « Nous,nous attendons à une attaque ». C’est vrai, les Allemands ne connaissaient ni le lieu, ni la date, toutefois les mouvements et les préparatifs des troupes françaises ne leur avaient pas échappé. Ils sont aimables, beaucoup de vieux et des gosses parmi eux, à peine plus grand que leur fusil. Contre du sel ou autre, ils vous donnent du pain 4 K (Kommib-brot) de forme carrée genre pain d’épice, brun, fier et qui se conservait longtemps frais (il portait la date de fabrication) Dieu qu’il était bon !

Ce canon qui nous harcelait en solitaire continue de nous tirer dessus. Ētait-ce un 90 mm monté sur un char, il nous tirait dessus en isolé. Les jours précédents un obus tombe dans le jardin à quelques mètres de la cahute faisant office de W.C familiale. Ulysse VADAM se trouve à l’intérieur, par chance l’obus s’enfonce dans le terrain plein d’eau, l’obus percute en profondeur ce qui protège l’entourage de la gerbe d’éclats mortels. Qui à dit que la peur était le meilleur remède contre la constipation ! Quelques jours après l’obus tombe dans une fosse septique, la maison est crépie et je vous passe l’odeur ! Ce canon est véritablement sadique ! Des obus tombant aux alentours, je dis à Pierre VADAM « Viens montons au grenier pour voir ou ça tire » Très intelligent de ma part ! A peine arrivé au grenier, un obus traverse le mur de la maison de Marcel GIRARDOT et éclate dans la salle à manger, sous nos pieds, là nous avons vus ou ils tiraient.

Le 13 novembre, il a neigé dans la nuit, le terrain est couvert de neige, il fait froid. Nous espérions une attaque pour le 11 novembre qui ne s’est pas produite. Mon père dit : « Cette fois, nous sommes bien là pour l’hiver, nous n’avons bientôt plus rien à manger, nous ne pouvons plus faucher de l’herbe pour notre vache, avec quoi nous chaufferons-nous ? » Les gosses sont partis, ce qui ajoute au découragement et pour la seule fois de ma vie j’ai vu mon père pleurer.

Le mardi 14 novembre 1944, j’en garderai le souvenir toute ma vie. Mon père va à Beaulieu chercher du verre pour remplacer les vitres tombées la veille. A 11 h 30 un formidable feu d’artillerie se déclenche sur toute la ligne de front. Un énorme roulement, toutes les pièces tirent sans interruption, ça ne s’arrête ni jour, ni nuit. Pour la dernière fois un obus tombe sur l’angle de la porte de l’étable de Simon FESSELET. Quelques minutes plutôt deux hommes bavardaient à cet endroit. Notre vache au fond de l’étable reçoit un éclat d’obus qui lui traverse la bavette (partie inférieure du cou). Si cette pauvre vache n’avait pas mérité la médaille du comice agricole, elle méritait bien celle des blessés de guerre ! Mon père revient avec ses carreaux sous le bras, tout boueux car il s’était couché au sol vers la scierie GUYOT-JEANNIN. J’ai failli casser mes carreaux dit-il, nous, nous mettons à l’abri dans la cave. Tout le monde prie, y compris un soldat allemand avec nous.Dans la rue, les officiers allemands appellent au rassemblement pour monter sur la ligne de front. Le soldat hésite, il a peur. A t-il une prémonition de son destin ? De sa mort ? Sûr, il savait bien qu’il n’allait pas à la fête.

Le bombardement des lignes de défenses allemandes continue de plus belle, l’on entend de longues rafales de mitrailleuse entrecoupées de coups de feu isolés ; la nuit l’horizon est tout illuminé, des balles traçantes montent vers le ciel ou vont se perdre on ne sait ou, l’on devine des combats meurtriers qui se déroulent pour enfoncer les lignes allemandes et ses soldats bien retranchés.

Ma tante Rosine était retournée à la ferme de Chassagne après l’évacuation à Mandeure pour récupérer quelques bricoles dont elle avait besoin et qu’elle avait oublié, fil, laine et autres. Lors de l’un de ses voyages, les soldats allemands lui tirèrent dessus, par jeu ou autres raisons ? Il est vrai que ma famille avait déjà eu maille à partir avec ces gens là. En1871, mon arrière-grand-père et mon grand-père âgé de 16 ans s’enfuient à cheval sous les tirs des Prussiens pour soustraire leurs chevaux à la convoitise des Prussiens.Ces mêmes Prussiens, pillards, avaient chargés les voitures de meubles et autres biens. Mon arrière-grand-père, malin avait enlevé en bout d’essieu les clavettes qui retenaient les roues. Ayant perdu les roues dans les bois de Mandeure, les Prussiens abandonnèrent le tout.

Ce 16 novembre 1944 au soir, un soldat allemand, de souche lorraine et parlant français et que ma tante avait rencontré à la ferme, nous rend visite ; il fuyait devant l’avance française. Dans un tilbury il apporte à ma tante sa machine à coudre. Pour quelles raisons, je l’ignore. Il nous apprend qu’une maison avait brûlée à proximité des écoles. Il s’agissait de la maison de la famille WINKLER au lieu-dit  « La Tuilerie » Parce que, au 19ième siècle une tuilerie était installée à cet endroit. Ce soldat était à la ferme en permanence ; il avait ouvert dans le mur un passage entre la cave et l’écurie ou il gardait des vaches. Les avaient-il récupérées ou s’était-elles échappées, il nous a affirmé être allé les récupérer sur le Port dans les lignes françaises ; on entendait, nous a t-il dit, tousser les soldats français.

L’année 1944 fut riche en fruits et les exploitants de la ferme en avaient mis en tonneaux en vue de leur distillation. Ce furent les Allemands qui distillèrent en bricolant un vieux refroidisseur et une chaudière à cuire aux cochons car tous les alambics avaient été pris par les Allemands (pour leur cuivre). Je ne sais quel goût avait leur « gnôle » mais il ne furent pas importunés par « les rats de caves » (employés du fisc !)

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