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EJP

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Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

L’EVACUATION DES HABITANTS DES VILLAGES DE LA LIGNE DE FRONT

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Le dimanche 1er octobre 1944 dans l’après-midi apparaît à la fenêtre une cousine de mon père avec le visage décomposé : « Il faut évacuer demain, c’est un ordre des Allemands, dit-elle.

Stupeur complète, c’est le désespoir, les gens pleurent, aller ou ? Je dis à mon père : « Il faut apprêter les chevaux et les voitures et emmener ce que nous pourrons. Dans l’affolement ma mère rétorque : « Laissons tout, les vaches et le reste, mais sauvons nos vies et celles des gosses. »

Tout le monde est atterré, une ambiance de peur et de catastrophe. Des voisins arrivent, âgés pour la plupart « Ne nous laissez pas » disent-ils, que faire ? Nous, nous organisons du mieux que nous pouvons. Avant la nuit une terrible rafale d’obus nous tombe dessus, je me mets à l’abri. Un obus tombe derrière la grange, à un endroit que je croyais à angle mort, mais les Français tirent aussi depuis Dambelin. Sur la fosse à purin se trouvait (comme chez tout le monde à l’époque), un abri faisant office de WC, un éclat l’avait traversé de part en part. Mon père avec son humour habituel me dit : « Dis donc, si quelqu’un avait été dedans, il aurait été torché ! » Façon de dire !

Nous ne dormirons guère cette nuit la. Avec des camions, les Allemands viennent piller des maisons en face de notre cave. Un allemand entre brutalement dans la cuisine, affolé et pistolet au poing « Terroristes » dit-il. Nous ne comprenons pas son attitude et nous lui faisons voir que nous sommes des familiers. Je dis à mon père que nous devons partir avant que le brouillard ne se lève, car après les Français vont nous tirer, nous le savons par expérience et ce fut le cas. Le lundi matin 2 octobre 1944, nous étions prêts à partir.

Surgissent des Allemands dont certains parlent parfaitement français, et pour cause, ils devaient être des miliciens au service des Allemands, afin de nous réquisitionner un cheval ; lequel ? Mon père hésite. Je dis celui-la : c’était un cheval prêté par ma tante, rétif, cabochard, indocile et qui m’avait causé beaucoup de soucis et d’ennuis, c’était ma vengeance. Accompagné d’un Allemand j’emmène le cheval dans une ferme de Bourguignon ou je l’attelle à une voiture à pneus (rare à l’époque), puis toujours avec l’Allemand je vais au PC qui se trouvait dans la maison HOZENAT. J’entre et  la, un capitaine allemand me donne un bon de réquisition ; s’agissait-il du capitaine RACDEKER tué lors de la libération de Vermondans ? Je n’ai jamais pu le savoir. Que vois-je ? Sur une chaise une magnifique paire de jumelles ; quelle envie, les prendre ? A l’époque s’eut été signé mon arrêt de mort.

Le village grouille de soldats allemands,avaient-ils profité de l’évacuation pour amener des renforts ou effectuer une relève ? Passent des groupes de combat, soldats casqués, imperméables camouflés sur le dos,autour de leurs cous pendent de longues bandes de mitrailleuse comme des étoles, en plus de leur armement individuel. La soldatesque entre dans les maisons, vident à terre le contenu des rayons ou des tiroirs, éparpille leurs contenus à coups de bottes, prennent ce qui leur plait, puis s’en vont. J’ai ressenti à ce moment une indéfinissable sensation de faiblesse :  nous étions livrés à leur merci, soumis à leur arbitraire, rien ni personne ne pouvait nous défendre de ces brutes « Ils étaient les maîtres » : Ils avaient des armes et nous seulement nos mains.

Sur le Doubs, la famille GOUVIER qui habitait la rive droite du Doubs et le pont étant détruit,font passer la rivière à leur vache, dans une barque (manoeuvre difficile !) Avec la voiture et le cheval restant, nous prenons la route de l’exode. On détache toutes les bêtes, l’on ouvre les portes des étables et de la grange, celles du poulailler et des cabanes à lapins. Et voilà notre lamentable convoi en route ; Accroché à notre voiture, je tire une petite  charrette à quatre roues appartenant à Edmond JACQUET un voisin. Sur la voiture outre nos hardes et celles des voisins tous ceux qui, trop âgés ou perclus ne peuvent marcher à pied. Au-dessus du village nous complétons le chargement avec quatre vieilles femmes. Et nous voilà partis.

C’est tout un cortège de gens à pied avec quelques bagages ou traînant des charrettes chargées de gosses, des voitures d’enfants pleines d’objets hétéroclites qui nous accompagnent en direction de Mathay. Dans la plaine, je me retourne pour regarder notre clocher, une question stupide me vient à l’esprit : Sera t-il encore debout lorsque nous reviendrons ? A nos côtés marche un habitant de Bourguignon ; célibataire, coureur des bois, braconnier,qui montrant sa musette à mon père lui dit : « Tu vois Antoine, j’emmène tout ce que je possède ! » A Mathay, nous passons devant la demeure de M. Henri BUSSON, maire de Mathay et maréchal-ferrant de son état. Mon père qui était son ami arrête notre voiture pour le saluer et que vois-je ? Cet homme que je croyais aussi dur que son enclume, se mettre à pleurer. Et là, malgré l’optimisme de mes 18 ans, je mesure la dimension de notre détresse.Vers la fromagerie un avion français nous survole en rase motte dans un vacarme effroyable ; des coups de feu éclatent, les Allemands le prennent pour cible.

Nous arrivons à Mandeure et nous, nous arrêtons car nous avions rendez-vous avec ma grand-mère et ma tante ( et ma jeune soeur), chassées-elles aussi de la ferme de Chassagne par les Allemands. Tout à coup, nous entendons des coups sourds, venant de Mathay ; des arrivés d’obus. Vers la menuiserie GAIFFE à l’intersection de la route qui conduit à Valentigney, les Français ont l’habitude d’effectuer des tirs de harcèlement. Un Fils MAITRE de la ferme des Buis, âgé de 14 ans et qui aidait des habitants de Mathay à évacuer en est la victime, il est tué ainsi que les deux chevaux. Une fille de Mathay a le bras emporté et est soignée à l’infirmerie allemande localisée au « Vieux Puits » Elle survit de justesse à une hémorragie. A Bourguignon, madame FESSELET dont le fils, l’abbé FESSELET a été déporté par les Allemands, ainsi que sa fille sont tuées par une rafale d’obus vers les écoles. Un bébé de quelques mois est dans sa charrette, miraculeusement préservé.

Nous sommes passés juste ! Survient M. Marcel GIRARDOT ( futur maire de Mandeure) que nous connaissions« Ou pensez-vous aller ? » Dit-il à mon père qui répond : « Je ne sais pas » Dans ce cas venez chez moi, il y a un logement de libre et j’ai peur que les boches me le réquisitionnent. Le logement était occupé par une dame de Roche les Blamont, amie de notre famille et qui était en Suisse au chevet de son mari dans un hôpital. Celui-ci forcé par les Allemands à creuser des tranchées, avait eu le bras arraché par des éclats d’obus tirés par les Français. Beaucoup l’on connu par la suite à l’usine de Beaulieu ou il faisait office de portier.Nous occupons le logement avec trois familles en nous serrant, je crois environ 20 personnes. La popote est faite en famille, chacun y participant à la mesure de ses moyens et de ce dont il dispose.

Les fermiers de Lucelans et de Montpourron nous rejoignent dans le quartier.Nous mettons notre cheval dans l’écurie de M. FESSELET.L’on ne peut que louer la gentillesse des gens de Mandeure qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour nous ; nous retrouvons la aussi, de braves gens de Mathay.

Une connaissance de Mandeure M. Anselme MARGUIER dit à mon père « Antoine veux-tu des patates. » Bien sur répond mon père. Dans ce cas puisque tu as un cheval allons cet après-midi dans mon champ à Coudroie. Pour une fois il fait beau et le temps est clair. Ayant quitté la ligne de front nous pensons être en sécurité à Mandeure ; fausse sécurité. Je dételle le cheval de la voiture que j’ai laissé derrière un buisson et nous ouvrons avec la charrue, une raie de pommes de terre. Peu de temps après nous entendons des coups de départ d’obus au Lomont. La rafale tombe vers le théâtre romain. Nouveaux coups de départ, les obus sifflent et tombent vers Saint Symphorien. J’ai compris, je mets le cheval à la limonière et je dis « Sauvons-nous » J’ai déjà attelé un côté et alors que je vais passer de l’autre côté, j’entends arriver sur nous un obus avec le bruit d’un train et ça va vite. Je me couche devant le cheval par réflexe ? Une formidable explosion, l’obus est tombé à quelques mètres devant le buisson, heureusement au pied d’un murger (petit mur en pierres sèches) qui a eu le mérite d’arrêter les éclats bas. Il s’en est fallu de peu, j’ai frôlé la mort et à l’avenir nous serons plus prudents.Nous apprenons que des personnes de Mandeure ont été tuées ou blessées à Courcelles et à l’entrée de Beaulieu. En effet entre ces deux localités les Allemands ont installé une batterie de canons de 77 mm cachée dans les perches de haricots.

Les ressources alimentaires commencent de manquer car dans la précipitation du départ nous avons laissé à Bourguignon des choses essentielles : La nourriture. L’abbé GISSINGER curé de Bourguignon, parlant la langue de Goethe va à la Kommandantur (Hôtel Lorenne) et explique aux Allemands que ses paroissiens ont faim, alors qu’il y a du blé dans les granges à Bourguignon. Il arrive à les persuader et en fin d’après-midi nous voilà partis avec quatre ou cinq voitures à cheval, le tout, accompagnés par une patrouille de soldats allemands commandés par un sous-officier. A Mathay à l’embranchement de la route de Valentigney gisent encore à terre les chevaux tués le jour de l’évacuation, le ventre gonflé. A la sortie de Mathay, je le revois comme si c’était hier : le sous-officier s’arrête et nous fait signe de serrer à droite sous les arbres qui existaient alors tout le long de la plaine,pour nous soustraire à la vue des observateurs français (eux savaient faire la guerre).

Nous arrivons au village, un village mort, celui qui ne l’a pas vécu ne peut s’imaginer la tristesse et l’angoisse qui s’empare de vous, une impression de désert, aucun bruit familier, le vide complet. Le seul bruit que nous entendons vient de la direction de Grattery, des rafales de mitraillettes et des explosions ; sans doute la rencontre de patrouille. Dans notre cuisine ouverte se promène une chèvre, d’où vient-elle ? Quelques chats miaulent. Les soldats Allemands d’origine polonaise et anciens cultivateurs nous aident à charger une grosse voiture de gerbes. On y ajoute des sacs d’oeillettes, genre de gousses oléagineuses que nous cultivons pour la graine. Cette plante ressemblait étrangement au pavot, par ailleurs les gousses vidées étaient livrées à la pharmacie pour faire des médicaments. Je ramène aussi quelques bouteilles de vin que j’avais cachées sous l’atelier de mon père.

J’ai oublié de dire que lorsque nous sommes arrivés à Bourguignon le troupeau de vaches que nous avions abandonné à notre départ, se trouvait dans un pré à droite en arrivant au village. Nous les reprendrons au retour dirent quelques-uns. Nous aurions du laisser une personne pour les garder car à notre retour en pleine nuit, elles avaient disparues. Quelques hommes partent à leur recherche, au milieu de la plaine avant la maison DODANE, les Allemands rappellent les hommes. Pour cause un barrage de mines antichar (Panzerminer) barre la plaine du Doubs à la ligne de chemin de fer, dans la maison se trouvait un poste allemand fermé par des barbelés.

Avec nous se trouvait un habitant de Bourguignon M. HANS d’origine alsacienne et parlant allemand, qui avait marié une fille MOZER, cultivateurs en bas du village et qui habitait la maison GROSPERRIN. C’est avec une certaine anxiété que nous sommes passés au carrefour de Valentigney, les Français exécutant des tirs de harcèlement de jour comme de nuit. Après avoir laissé nos voitures, mon père dit à HANS : « Dis au boche de venir boire un coup (du vin que j’avais rapporté). Le sous-officier monte dans le logement et de retour de Russie raconte à HANS : « Un jour nous avons fait 70 km en 10 heures, les Russes aux trousses, peut de temps après 7 km en 10 heures avec de la boue à mi-cuisse. L’Allemand s’en va, mon père dit à HANS : « A l’heure qu’il est couche ici, sinon dans la rue tu vas te faire tirer dessus ». Une couverture, et il couche sur le plancher pour y passer la nuit.

Le lendemain matin de bonne heure des jeunes gens de Bourguignon réfugiés à l’entrée de Mandeure et ayant courus à travers les vergers arrivent en catastrophe « Les boches emmènent les vaches de Bourguignon. Mon père dit à HANS « Vient vite ». Ils remontent en courant la rue de l’église et rencontrent le troupeau vers l’hôtel Lorenne. HANS parle aux Allemands : « Voilà un homme qui a 7 enfants, peut-il récupérer de ses vaches. Oui disent les Allemands deux. Ils ramènent deux de nos vaches dont une fraîche (qui venait de vêler).Voilà des vaches bienvenues avec leur lait. Nous en vendons une à la boucherie, ne pouvant en nourrir deux. La viande va à tous les habitants.La faim nous tenaille.

Le matin au réveil, première pensée « Que mangerons-nous aujourd’hui ? » M. Simon FESSELET a cueilli ses pommes dans son verger. Chaque jour avec Pierre VADAM nous faisons le tour des pommiers, cherchant celles oubliées et il en reste et quitte à se casser le cou, elles sont à nous. Nous couchons dans les caves car les obus arrivent sans prévenir. L’extrémité de la rue de l’Ēglise n’est pas épargnée. Un canon est en permanence pointé sur nous et avec le même réglage. Des obus tombent dans les champs à proximité. Un cultivateur de Mandeure dit à mon père : « Si tu veux des patates, dit à ton jeune de venir nous aider à les arracher ; ce jeune c’était moi. Je pars un après-midi avec un jeune de mon âge de Bourguignon pour arracher les patates à « Mont Féveroux » au-dessus de Beaulieu. En montant le chemin à notre droite : Une carrière. Je dis à mon copain : « Si ça tire, on court se réfugier dans la carrière, elle est à l’angle mort et nous serons à l’abri ».

L’après midi se passe sans souci. Le lendemain en retournant dans le champ que voit-on ? Dans la carrière des trous d’obus, le champ de pommes de terre est retourné par les obus de 155mm. Des pommes de terre arrachées et éparses ici et là ; les Français avaient tirés dans la nuit, trop court sans doute pour atteindre la batterie allemande.Jamais je n’ai eu si peur, une peur d’appréhension, je suis sur le qui vive à l’écoute des coups de départs. Je cherche l’endroit ou la raie ouverte est la plus profonde pour m’y abriteren cas de besoin. Soudain les pièces allemandes ouvrent le feu, avec le bruit caractéristique des 77. Les obus passent sur nos tête en miaulant comme des chats et vont tomber en direction d’Ēcurcey ou Roches les Blamont. Je me dis en moi-même, si les Français répondent nous sommes foutus. Tout ce passe bien mais je suis heureux de retourner à la maison.Les journées se passent longues et monotones, le matin nous allons faucher l’herbe pour notre vache ou nous pouvons en trouver, mais elle nous apporte son lait que tout le monde spécialement les enfants trouvent bienvenu.

Les hommes de Mandeure sont réquisitionnés pour creuser des casemates au point de vue.Vers la mi-octobre un dimanche après-midi nous assistons aux vêpres à Mandeure. Prudent, je m’installe dans une petite allée du côté droit vers une porte, et j’écoute non pas la chorale mais les bruits extérieurs. J’entends des coups de départs, je me jette instinctivement à terre, mes voisins me regardent stupéfaits, mais quand un obus tombe sur l’église, ils comprennent. Les vêpres sont écourtées, la foule sort, moi je rentre aussitôt à la maison me mettre à l’abri. Le parvis de l’église est noir de monde, je pense au carnage que ferait un obus tombant à cet endroit.

La faim nous tenaille. Nous recevons 100 g de pain pour 15 jours. Si nos contemporains qui jettent le pain ou le trouvent trop rassis étaient passés par-là !Nous conduisons paître quelques vaches à droite de la route forestière direction le cimetière, les obus se mettent à pleuvoir, nous rentrons nos vaches en catastrophe. Il y a beaucoup de champignons (Lactaires) mais ce n’est pas très nourrissant.

Sur le front de septembre à novembre 1944  la ferme de Chassagne se trouvait en deuxième ligne de défense allemande. Occupée jour et nuit par ceux-ci, gardée pour la protéger des patrouilles françaises, elle servait de relais pour l’évacuation de leurs blessés et de leurs morts et comme poste de commandement de première ligne. Les premières lignes allemandes étaient à l’extrémité nord des prés de Grattery, en limite de forêt. Les blessés allemands étaient transportés à Chassagne par leurs compagnons sur deux perches et une toile de tente. Certains blessés légers revenaient à pied par leurs propres moyens, l’un d’eux le fit, le talon broyé, avec son fusil en guise de béquille ! Ma grand-mère leurs donnait à boire du café bouillant ; un blessé a toujours soif du fait du sang qu’il a perdu.

De la, c’était Eugène CIRĒSA ou Marcel FRIOT, à tour de rôle qui obligés par les Allemands les convoyaient jusqu’à Mandeure ; sur une voiture à planche à quatre roues, le fond garni de paille. C’est de nuit, par des chemins forestiers pleins d’ornières ou chaque cahot leur arrachait des cris de douleur, qu’ils partent deux ou trois couchés, d’autres moins blessés assis ; râlants de souffrance au départ c’est muets et morts qu’ils arrivent à Mandeure. La guerre dans toute son horreur.Il se dit que les Allemands redescendent des morts et des blessés depuis le front.

Incroyable, les Allemands ont équipés une chenillette avec un gazogène (VolkswagenKübelwagen 155 à chenilles et à gazogène) qui assure le ravitaillement de leurs lignes ; la crise du carburant doit se faire sentir chez eux. Le matin du 1er novembre 1944 jour de Toussaint ,en nous levant nous observons une sentinelle allemande dans les près après la rue de l’Ēglise, il devait y en avoir d’autres. Naïfs nous ne nous posons pas de questions, au contraire nous rions de le voir se jeter à terre lorsque au loin siffle un obus.

Vers midi nous revenons d’assister à une messe basse ;soudain des femmes arrivent affolées « Sauvez-vous les boches ramassent les hommes ». Ou aller ? Madeleine VADAM déguise son garçon en bonne femme, il avait, il est vrai, le visage assez efféminé. C’est Marcel GIRARDOT qui dit : « Allons nous cacher dans le grenier à foin au-dessus de mon écurie à lapins au fond du verger, nous fermerons la trappe après nous. Dans cette écurie nous avions déjà caché notre jument pour la soustraire à la vue des Allemands » (juste la place pour elle) C’est ce que nous faisons et nous y passons l’après-midi complet avec au milieu de nous et spectacle insolite, Pierre VADAM encore déguisé en femme. Les boches sont entrés (en vérité des miliciens français) posent la question « Ou sont les hommes ? » Les femmes répondent : « Prisonniers » ou« Travailleurs français en Allemagne ». Ils avaient déjà fait une moisson suffisante de pauvres gars qui furent obligés de creuser des tranchées vers Belfort et même en Allemagne. Dés lors nous sommes prudents, nous nous cachons, c’est le père Henri QUITTET, vu son âge, qui va faucher l’herbe pour notre vache. Il pleut, il pleut sans discontinuer, le Doubs monte, nous couchons dans les caves sur des échalis, car il y a de l’eau dans les caves, la misère. Les turbines de la papeterie qui nous fournissaient en courant électrique sont noyées et les ampoules sont de maigres lumignons rougeoyants.

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