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EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

Campagnolae

Ce petit fascicule de quelques pages fut écrit et publié en 1953 par Mr Eugène Parent. Il témoigne des connaissances et de la culture de l’époque. Mr Parent était ingénieur IAF ;( Le sigle » IAF » signifie Ingénieur agricole Français) , mais n’exerçait pas et vivait de ses rentes. On voit à travers cette publication, son vocabulaire, ses tournures de phrase,  que la culture générale  d’un ingénieur était très étendue et incluait le latin et bien d’autres disciplines non techniques .  Mr Parent était également membre du club de spéléologie de Haute Saône.

 

MONOGRAPHIE SUR LE «BOURGUlGNON. ANTIQUE )

par E. PARENT, à Bourguignon (Doubs)

 

Bourguignon existait en tant que groupement humain, depuis la plus haute antiquité; en raison de sa situation générale, géographique et hydrographique, qui lui permit d’attirer et de retenir la vie !

D’abord par son magnifique ensoleillement, puis par la richesse et la limpidité de ses eaux.

En effet, le Doubs déjà grossi par le Dessoubre, la Barbèche et la Ranceuse, reçoit également en ces lieux trois affluents le Rut, venant du Val de Varembourg, sur la rive gauche, et deux ruisseaux descendant des monts de l’antique Epomanduodurum (Mandeure) sur la rive droite.

Au moins douze sources d’eau vive égaient cette féconde terre: à la Combe aux Souches, aux Angles, au Ruot, au Crôt,  au Chaufour, à la Queue de Roncin, au Marais, au Cul d’Aupré, aux Plantes, et à la Foigerotte.

Sa plaine spacieuse, dite « de la Champagne », constitue le bas-fond d’un gigantesque amphithéâtre où la cavalerie des Séquanais, puis plus tard celle des Romains, évoluèrent à l’aise.

La déesse Epone, qui donna son nom à la plus grande ville de la Séquanie après Vésontio, était honorée en ces lieux.

Les plus anciens indices du séjour humain s’y rencontrent justement au coude brusque du Doubs qui a rongé jusqu’à son assise Oxfordienne la montagne du Chatelet, en un formidable « Dêrable » qui donna son nom à sa base. En ses deux extrêmes, cime et pied, furent repérés et trouvées deux riches stations de l’âge de la Pierre Taillée.

Dans la seconde; située au lieu dit les «Sablières », près des fosses d’une ancienne tannerie,  ont été trouvés  une molaire de mammouth, des bois de rennes, des ossements de cervidés, un pilon de pierre, une médaille de l’époque romaine (un Antonin) qui sont actuellement conservés dans nos collections. Dans ces mêmes lieux furent remarqués plusieurs foyers.

II est évident que comme à Rochedane, Chanvermol et au Chatelet, la pêche et la chasse retinrent l’homme primitif aux pieds du Dêrable . On peut également remarquer sur la rive gauche, près de la gare, au lieu dit « Les Belles Bêtes » non loin de la source et du ruisselet du « Moncelot » (Mons Celius) un soubassement quadrangulaire en pierres cyclopéennes, rappelant le mur païen du Mont Saint-Odile, et qui peut être une vigie, ou un édicule pour les cultes, qui servit de temple païen et sans doute de chapelle aryenne,

Avant l’occupation romaine (César) le Bourguignon Séquanais était groupé dans les trois finages contigus portant actuellement des noms de «Massotte » , «Bois des Murgers » et « Planches aux Poutots »; ces dernières« bien nommées », puisqu’il n’est pas rare d’y retrouver, au revers d’un sillon un ustensile séquanais-gaulois, d’une pâte blanc jaunâtre qui tranche avec la fine poterie rouge, d’origine romaine, rencontrée à Arrue,

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Au cours des siècles, de nombreux objets anciens ont été inventoriés à Bourguignon, en plus de ceux que nous venons de citer. A la Planche aux Poules. sur une taupinière, un sou d’or romain (vendu à un ancien antiquaire rudipontain ,une poignée d’épée, en bronze figurant une tête d’aigle, un denier en argent de Charlemagne (donné au Chanoine Musy) , une plaque de ceinturon en bronze doré et damasquiné , avec trois trous en triangle, et où se trouvait, pendante, une chaînette ; et dans une sépulture du Cimetière burgonde.

 

Mais en quittant la « spécula » du Crôt, nous trouvons, sur le même versant, «Montpourron »et sa ferme, dédiés à l’abondance personnifiée par Poros, d’où son nom. Le fils de Pênia et du Dieu précité y fut très honoré par de nombreux fidèles qui montaient en ces lieux par la Vallée aux fleurs et Varembourg, dès  le printemps revenu,

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Non loin de là, un abri sous roche et une grotte baillent, présentant un orifice commun et jumelé. Une fois franchie une chatière de quelques mètres de longueur, la grotte s’agrandit et à sa voûte suinte et concrétionne  une matière utilisée en thérapeutique, l’Epsomite.

De nombreuses galeries se croisent, malheureusement coupées par des éboulis rocheux, et une seule chambre est actuellement visitable, sorte de rotonde assez spacieuse qui, de tous temps, a été utilisée comme refuge. En 1870 Mademoiselle Voulot, tante du maire actuel de Bourguignon, y était ravitaillée chaque Jour par les siens car elle s’y était cachée par crainte des occupants: réminiscence des terreurs suédoises?

Des ossements y furent trouvés, les plus fréquents étant du cheval, et tout laisse croire qu’Ils servirent de nourriture aux chasseurs qui les poursuivaient depuis Luxlan, Saliceta, Scotae, Rota, etc. pour les acculer au col de la Mayère d’où ils s’abîmaient au pied des rochers du « Haut-Pré ». Et le drame se terminait dans la grotte !

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En contrebas, sur l’autre rive du Rut, le plus ancien château connu se trouvait au «Rond Chatelot», où se remarque encore, côté Vauguille et Varoille (seul point vulnérable ) un imposant chemin de ronde sur retranchement de plus de trois mètres d’épaisseur, élevé sur le roc même, d’où partent encore des tronçons de souterrains.

A la pointe, la vue est admirable sur les deux vals de Bourguignon et de Varembourg.

Ce château correspondait, par feux, avec ceux du Chatelet; du Mont Julien et de Chamabon. Mais son but primordial était la défense de la ‘riche «villa métairie» des Gelenottes, aux Bonnots d’Arrue où la «gent des Bonus Galinarius » fit fortune dans la vente des volailles, recherchées pour la mise en pâté par les riches Prétoriens d’Epomanduodurum.

Cette maison s’est maintenue au Moyen Age, et a dû finir comme « cabiotte» (loge) à une époque indéterminée.

Il est curieux toutefois de noter qu’elle figurait encore en 1939 sur le Plan directeur d’Etat Major de notre région!

Les objets qui y furent découverts étonnent par leur nombre, leur richesse, et la finesse de la pâte employée pour la poterie. L’exécution était très soignée et les scènes les plus souvent traitées faisaient apparaître faunes et sylènes, bien adaptées à ces lieux agrestes. Les rytons et coupes étaient enrichis de filigranes d’or, La mosaïque était de marbre, le tout dénotant la somptuosité de l’habitat.

Les caves étaient si profondes qu’au siècle dernier encore, deux bœufs au labour firent céder le sol sous leurs pas, s’y engloutirent, et furent extraits à grand peine de leur tombeau imprévu. 0n y retrouva, par la même occasion, un flambeau d’étain, qui indique que les «Bonus » francisèrent leur nom au Moyen Age, en « Bonnot»; dont les descendants sont encore nombreux à Bourguignon et dans les villages environnants.

Ce nom figure glorieusement d’ailleurs, au monument du Maquis de Luxlan,

Le mot «Arrue » a fait énormément travailler les toponymistes !

Nous ne remonterons ni aux Aryas; », ni aux «Ariens» qui auraient pu baptiser ces lieux, mais après recherches, l’acception la plus plausible de ce nom est « Ar-Ru», qui en Séquanais signifiait «sur le Rut».

En second lieu «Arrue» viendrait d’Aratum, propre au labour, car on pourrait errer longtemps et très loin en passant par «Aruerie», nom que les Egyptiens donnaient à Horus, et qui voulait dire« Vertu efficace », puis à Haroui, les deux Horus, expression par laquelle on réunissait les deux divinités d’Horus et Sitout appliquées à l’Epervier.
Un temple à Jupiter-Amon existait à Mandeure, et une pierre précieuse représentait Horus sous les traits de l’épervier.

Il est bon de noter que les habitants primitifs dudit lieu avaient ici un autel ou «arau »; les pierres retrouvées et collectionnées en font foi.

Un druide du Gramont ou du Mont Pourron, sous les ordres du plus célèbre « Aran», faisait couler l’eau puisée au fleuve «Arar», eau sacrée, sur cet autel et en l’honneur de Belen, de Diane ou de Pan

Venait-il aussi puiser, pour fabriquer son croissant sacré, l’or existant dans ces galeries du Varoille qui servent actuellement de repaires aux renards? Arrue viendrait alors d’Auraria :mine d’Or.

Les anciens connaissaient mieux que nous les richesses du sous sol des Gaules. Mais il est hors de doute qu’Arrue est un haut-lieu qui attire étrangement, et qu’Aur, aspect rotatisé de la racine simple «Aus» veut dire l’Orient auprès duquel les Egyptiens adoraient «Haroerie». Notre druide eut une fille, Arie », elle-même druidesse et qui hantait Arue et Blamont, La légende nous en entretient encore sous les traits d’une fée .bienfaisante.

En Arue ainsi qu’à Epomanduodurum, les enfants de la petite Egypte, ou, tziganes, avaient leur endroit réservé. Ici, ils s’y réunissent encore au moment de la pleine lune, attirés par la lumière de l’astre des nuits et par l’eau claire du petit lac de Sous-Combeton (du latin Tono =Tonner, absolutif Tonnans=Jupyter).

De curieuses petites croix en forme de Tau faites de fer forgé s’y retrouvent encore de temps à autre en travaillant le sol.         .

Enfin, un fait qui indique l’ancienneté de l’habitat de ces lieux, est l’existence de cinq cimetières connus à Bourguignon. Le premier se voit près d’Arue sous forme de trois « Gal-Gals» sur le coteau de la Vauguille, où les morts selon la coutume de tous les peuples guerriers ou chasseurs, trouvaient l’abri de chênes séculaires couverts de gui, ou le bruissement des eaux était agréable aux oreilles, où le poisson et le gibier abondaient et réjouissaient leurs mânes.

Le deuxième était situé au tournant du chemin descendant au Doubs, après le monument aux Morts actuel. Il existait au Premier Siècle et était encore utilisé à l’époque de Gondebaud, au VIe siècle, par les Bourguignons qui détrônèrent les vieux noms d’Arue et de Campagnolae, et lui donnèrent le leur: Villa Burgundionum».

Pour s’y rendre, ils empruntaient la Voie Romaine du centre, qui bifurquait à la  Charotte d’Arue pour monter au Rond Chatelot et Luxlan, « le Pays de la Lumière ». Un Chef, appelé le « Petit Lynx », y commandait, puis céda la place à la « gens des Marcus».De nos jours des descendants y vivent encore sous le nom de Marcoux.

Les traces des chars se voient parfaitement dans le roc, usé à plus de un mètre cinquante devant la « mécanique» de Varembourg et sur le rocher du Varoille où l’on passe de la commune de Bourguignon à celle de Mathay ..

Ils avaient capté à même le roc, les eaux vives du Rut à sa source, et à flanc de coteau les amenaient à leur villa des Bonnot. Plus tard, des moines firent de même pour leurs viviers ou carpiêres et leurs« riese» qui leur permettaient le sciage, mais du côtê « Queue de Roncin», où les Romains avaient capté une source où se trouve actuellement une loge. Celle-ci avait une vertu analogue à celle des eaux de Lougre (la Sainte Fontaine de Lougre), Des malades y venaient depuis la Russie y chercher soulagement à leurs maux. Perdue, elle a réapparu cent mètres plus bas, au Chau-four, où on brûla le calcaire pour en faire de la chaux. Enfin, un battoir fonctionnait hydrauliquement, par une énorme roue en bois.

Actuellement, un turbo-alternateur donne la force au propriétaire des lieux.

Le troisième lieu d’inhumation se trouvait autour de l’église actuelle, qui remplaça la deuxième chapelle édifiée en 1690. La première devait se trouver au lieudit «les Anciens moines, mais toute trace en est perdue. A moins que les pierres visibles au crot soient, comme nous l’avons dit plus haut, une ancienne chapelle burgonde. Elle serait alors dans la même situation que l’ancienne église de Mandeure (Saint·Symphorien), qui existait pour le culte, comme église, vers l’an 600. Chaté était-il, avant l’an 1000, le seul lieu du culte ? Ce n’est guère probable.

Le quatrième cimetière s’édifia à cent mètres plus haut que le gallo romain, et à égale distance de la route moderne  de Moulins à Bâle. Il fut désaffecté récemment au profit du cinquième, qui se trouve maintenant au « Carel », non loin du Doubs, Où nous vîmes, au début de notre note, la vie commencer !

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Les armes de Mathay sont une «mélusine»… Celles de Bourguignon  pourraient donc être un cercle figuré par un serpent d’Esculape se mordant la queue, emblème d’une histoire qui est un perpétuel recommencement !

Mais nous en avons de plus authentiques: portant d’argent un sanglier rampant de sable. Le Cheval, le Coq avec le Sanglier et le Serpent se retrouvent toujours comme emblème de notre région. Le groupe Laraire trouvé non loin d’ici, à Epomanduodurum, en, fait foi.
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Pour terminer, notons que Bourguignon fut cédé à, Clovis en 500, et après sa victoire sur Gondebaux, roi de Bourgogne. Depuis ce traité, très important pour nous, l’histoire fait suite à. la tradition, et au lieu de scruter le sol et les vestiges qui s’y trouvent; nous n’avons qu’à prendre un livre, par exemple le «Neuchatel-Bourgogne » de M. l’Abbé Richard ancien recteur à Dambelin, qui nous en retrace la vie jusqu’au milieu du siècle passé.

Et nous conclurons par les trois premières lignes de cet ouvrage: « Il faut s’attacher à l’histoire de sa patrie, l’étudier, la posséder, réserver pour elle les détails, et le but de notre travail sera atteint s’il contribue à faire connaître un des plus anciens terroirs de Franche-Comté.»

E. P. 1953.