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EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

LES ALLIĒS ARRIVENT À PONT DE ROIDE EN SEPTEMBRE 1944

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Le 6 septembre, nous voyons passer toute une colonne de blindés et véhicules allemands en direction de Pont de Roide. Les Allemands ont quittés le village, chacun se demande « Pourquoi les Français n’avancent-ils pas ? » Mais les Allemands tiennent les bois ; défendent, barrent et minent routes et chemins par ou pourraient pénétrer les troupes françaises.

Sans relâche les canons allemands (obusiers de 110) tirent jours et nuits. L’on entend un avion d’observation français au bruit caractéristique « le Piper » surnommé « le mouchard ». Avant son arrivée,sans doute avertis par des postes d’observation, l’on entend hurler les ordres en allemands, les servants recouvrent les pièces à la hâte avec des branchages : C’est le silence complet.

Char Panther

Le 12 septembre 1944, deux chars Panther sont à l’affût cachés à la gare de Bourguignon et après avoir dégagé la végétation pour former un glacis, ils attendent les chars français qui auraient la mauvaise idée de sortir au défilé de la Culbute. Ces deux chars de combats quittent Bourguignon vers le 15 septembre.

Un matin par un brouillard épais nous les entendîmes passer sur la grande route dans le bruit des moteurs et le cliquetis des chenilles. Le Doubs, la route, la ligne SNCF et le talus ainsi que le café de la Culbute sont fortement défendu, les arbres en bord de route comme les acacias sur la monté de la gare sont abattus sur la route avec de l’explosif, laissant des souches déchiquetées. Depuis la Forge  (la cave voûtée de la maison du directeur des Forges) les soldats allemands portent le ravitaillement à leurs copains à la Culbute en passant par la ligne SNCF en prenant la précaution d’entourer leurs bottes avec des sacs ! Pas de bruit !

Un après-midi j’entends tirer en direction de Voujeaucourt. Un avion de chasse français (qui mitraillait la gare de Montbéliard) est pris dans un tir de la Flak allemande positionnée sur le Mont Bart. Le malheureux pilote, moteur hurlant, essaie par des loopings, des plongeons et des remontées d’échapper aux coups des quatre pièces qui l’entourent. Hélas, son avion s’écrase à Ecot et lui-même sautant en parachute est fait prisonnier.

Panzerfaust

Il fallait bien manger, aussi avec mon père nous partons, traînant une petite charrette,arracher des pommes de terre dans un champ dans la plaine, situé à la limite de Bourguignon. Derrière un pilier de la propriété TURBERGUE (aujourd’hui STĒPHAN) un soldat allemand outre son fusil a près de lui un drôle d’engin : un tube surmonté d’une grosse boule. Mon père me dit : « Tu as vu ce con là avec son manche à balai » Le manche à balai en question était une arme antichar redoutable, un Panzerfaust (coup de poing sur char) une arme efficace et dangereuse (pour le tireur aussi). Arrivés dans le champ nous entendons venant de l’autre côté du Doubs un bruit de moteur analogue à une moto qui serait embourbée dans les marais de Champvermol. Puis nous voyons des arbres s’abattrent, les Allemands dégagent des axes de tirs sous le point de vue avec une tronçonneuse, sans doute à l’époque une machine tenue par deux hommes et qu’ils avaient volés dans leur retraite. Je ne sais si des canons antichars avaient été installés mais ultérieurement des hommes de Mandeure furent réquisitionnés pour creuser des casemates à cet endroit. A notre retour l’Allemand est toujours de faction avec son Panzerfaust.

SdKfz 251

 

 

Le jeudi 7 septembre 1944 après-midi, les pièces allemandes tirent à grande cadence sans discontinuer, mon père me dit : « Mais ils sont devenus complètement fous ». Nous l’ignorions : Ils exécutent un tir de barrage sur les premières lignes françaises à Noirefontaine. Avec deux chars et un véhicule semi-chenillé (Sdkfz 251) ils pénètrent dans nos lignes et font sauter le pont routier de Noirefontaine, détruisant des véhicules français,font des prisonniers et reviennent, culottés !

La 11ième Panzer division contre attaque au col de Ferrière, la bataille durent deux jours. Les Français qui avaient occupés Meslière retraitent à Villars-les-Blamont, les Allemands se retranchent au bois des Trembles.

C’est véritablement ce vendredi 8 septembre que commencent nos misères à Bourguignon. Le matin, après avoir attelé le cheval, nous partons avec mon père chercher de l’herbe dans un champ derrière la Forge (propriété J FEUVRIER), derrière nous une sourde détonation, puis un bruit qui allait nous devenir familier : Le frou-frou de l’obus qui passe au-dessus de nos têtes et va exploser derrière la ferme de Chatey. Le deuxième obus tombe trop court mais le troisième explose sur la ferme qui est cachée dans la fumée et la poussière. C’était une pièce lourde qui tirait depuis les environs de la gare de Mathay.

Le samedi soir vers 5 heures, je fends du bois et toute une série d’explosions se fait entendre dans le village, des éclats retombent sur les toits, coupent devant moi une branche de noyer. Les Français font de la contre batterie avec des obusiers de 105 mm mais tirent trop long. Un obus tombe sur un « Cul de four » chez VADAM, un autre sur l’angle de l’ancienne maison VOULOT. C’est notre baptême du feu, les anciens de14-18 nous expliquent. Le lendemain dimanche nous sortons nos vaches de l’étable, pour, comme chaque matin, les conduire boire au Doubs dans la Grillotte (accès au Doubs depuis la route). Elles sortent, tournent en rond, indécises ; ont-elles un pressentiment ? Ma mère dit : « Rentrons les ».  Bien nous en prit. En regagnant notre maison, je vois Joseph MAVON qui allait à la messe courir se mettre à l’abri derrière le mur de la maison (il avait fait le Chemin de Dames). Je rentre dans la maison, des explosions nous environnent, toutes les vitres des fenêtres s’écroulent à la fois. Un obus est tombé sur un bouquet de frênes au bord du Doubs devant la maison, nous respirons une odeur acre d’explosif. Un autre obus tombe sur le mur de la Grillotte ou nous aurions dû nous trouver avec nos vaches ; je crois que nous sommes passés près de la mort.

De ce jour nous vivrons dans la peur et l’anxiété ; d’autant plus que nous ne sommes pas encore formés pour la guerre, les gens couchent dans les caves ; je suis resté deux mois sans me déshabiller ! Et je n’étais pas le seul !  Aux Forges, une grange contenant du foin est incendiée par un obus, des cartouches que les Allemands avaient entreposées pétaradent de longues heures. Un ancien de Bourguignon M. Alphonse WACHTER, mais demeurant à Pont de Roide et qui se rendait à son jardin sur Bourguignon est abattu sur le Port par une rafale de mitrailleuse, sans sommation, depuis la cour devant les bâtiments des Forges ; l’on mettra un certain temps avant d’avoir la possibilité de l’inhumer.

Le 11 septembre, une mort dramatique endeuille notre village, la première due aux obus ; celle de M. Léon MARCHE qui habitait aujourd’hui « Rue de la planche aux Poules » une maison occupée ce jour par M. Jean-Jacques BOUVIER. Ētant dans son jardin le long du Doubs, les obus commencent à tomber et il rentre en maugréant « Ils nous emmerdent, pas moyen de cueillir mes haricots » . Arrivé à l’endroit ou les maisons sont resserrées, un obus tombe sur la maison CHASSEROT (actuellement M. GALLECIER) qui à l’époque était beaucoup plus élevée. Léon MARCHE est atteint par un éclat qui le blesse mortellement, M.Armand LĒPINE qui l’accompagnait est blessé à une jambe. C’est la stupeur au village et la révélation d’une dure réalité : Les obus français tuent sans discernement les civils comme les militaires allemands, c’est un climat de peur qui nous gagne tous. Mon père fait, à la main, un cercueil en bois car le courant électrique est coupé depuis la chute des premiers obus. Le jour de l’enterrement le cortège est réduit : M. le curé, M.Joseph MAVON avec le cercueil sur sa charrette à deux roues, quelques hommes et en dernier un peu en retard (je le verrai toute ma vie) M. DUVERNOY que tout le monde connaissait de son sobriquet « Pattu » habitant la maisonnette de la garde barrière et faisant fonction au village de ramoneur et de fossoyeur.

Une figure atypique comme l’on en voit plus aujourd’hui de nos jours. Handicapé par une jambe droite il sillonnait le village, pédalant d’une jambe sur un vélo chargé de cordes et de hérissons qui pendaient de chaque côté. Sur les toits malgré son handicap il courrait comme un chat bien que…. Il était souvent plus noir que ne l’exigeait son métier de ramoneur. Arrivés au cimetière, ayant été repéré, ils furent accueillis par une rafale d’obus et laissant la le mort, ils prirent sa place dans la fosse pour se protéger.

Depuis la mort de M. Léon MARCHE la peur s’était installée au village et moi-même n’y échappait pas. Les habitants évitaient de sortir. Si le matin, la situation était assez calme, il n’en était pas de même en soirée, les rafales d’obus arrivant sans prévenir. Chaque soir, il fallait soigner nos bêtes aux écuries. Depuis notre cave (en face des anciens magasins SONTOT) je suivais la route longeant le Doubs, l’oreille aux aguets, m’abritant derrière les murs avant de passer un espace découvert. Je tendais l’oreille pour m’assurer qu’il n’y avait pas de coups de départs. En effet, contrairement au canon et son tir direct, nous étions matraqués par des obusiers à tir courbe. De ce fait le bruit qui arrivait avait une fraction de seconde d’avance sur l’obus. Nous ne sortions plus les vaches et il fallait leurs porter l’eau à boire au bidon ; bidons que nous remplissions à la cuisine à l’aide d’une pompe à bras (l’eau courante n’existait pas encore à Bourguignon et de toute façon le courant électrique était coupé). Et tout en pompant comme je n’entendais plus rien, je songeais que si un obus s’écrasait dans la cuisine, s’en était fait de moi. Sans le vouloir nous étions devenus experts en balistique !

Devant les portes de l’écurie des chevaux, j’avais dressé des madriers de chêne pour préserver les chevaux des éclats. Par ici, par la j’avais creusé des trous individuels pour m’y réfugier en cas de besoin. Dans l’un d’eux, mon père se casse la figure, Oh ! L’engueulade ! J’aurais mieux fait de supporter les obus ! Il fallait être prudent dans ces jours la : par temps clair un poste d’observation installé à Montaigu prenait toute la vallée en enfilade et était équipé avec de puissantes jumelles. Le survol du village par « le mouchard » devait être pris au sérieux et annonciateur d’une rafale d’obus. Précédait un tir d’obus fumigènes servant à localiser les impacts, puis les obus explosifs qui tombaient dru pendant environ un quart à une demi-heure.

Des filles de Forges, Lucienne COMMENT et Juliette ROUHIER venaient chaque matin au village avec une petite charrette et faisaient le tour des fermes pour apporter du lait aux habitants des Forges. Mais on trouvait le temps long ! Les matinées étaient en général assez calmes, sans doute en raison du brouillard, mais le soir (l’heure de la soupe chez les Allemands) et la nuit ça tombait comme à Gravelotte.

Le 22 septembre, des cousines de Mandeure nous rendent visite, à leur retour elles sont prises sous un tir d’artillerie dans la plaine, vers l’usine électrique de Mathay : l’une est gravement blessée à une jambe. Les Français tirent sur tout ce qui bouge, leur artillerie encercle de plus en plus les canons allemands sous Chassagne qui pour donner le change continuent de tirer entourés par les éclatements d’obus. Il y a des blessés parmi eux, ils s’en vont en faisant sauter le pont derrière eux.

Dans la maison qui fait coin à côté de la cave ou nous logions habitait M. ĒmileFROIDEVAUX  (le Milo). Un après-midi nous l’entendons crier « Les Américains, voilà les Américains avec une Jeep » (Nous n’en avions jamais vu) de fait c’était des Allemands avec un véhicule Volkswagen type armé. Heureusement que nous ne leur avons pas sauté au cou. Son épouse pendant la guerre élevait un cochon. Elle le lavait, il était rose et propre comme un gosse. Il la suivait comme un petit chien, elle y était attachée, le drame c’était le jour ou il fallait le sacrifier. Ne fallait-il pas faire comme la vieille femme qui disait « Tant qu’à garder un cochon autant garder toujours le même ! »

La vie continue dans les caves, je couche sur le béton à la cuisine avec une couverture dessous et une dessus, les souliers servant d’oreiller et l’on dormait, sauf une nuit ou nous eûmes grande peur. Une batterie lourde servie par des Américains se mit à tirer depuis Chamesol. Elle tirait avec des obus à retard. Il s’agissait d’obusier de 240 mm qui au lieu de faire des trous, éclataient à grande profondeur. Le foisonnement de terre créait d’énormes« taupinières » Heureusement ils tiraient court et les impacts eurent lieu aux Riot et à l’emplacement du lotissement au bout du pont. Ces explosions faisaient un bruit infernal qui se répercutait d’une combe à l’autre. J’avais peur, je l’avoue. Les vieilles femmes priaient et (si possible) nous faisaient prier. Priaient-elles de peur ou pensaient-elles à leurs fautes de jeunesse ?

Durant la journée les Allemands viennent au village pour piller, emmènent une vache, nous volent nos deux cochons.

Le 26 septembre 1944, au lever du jour une intense canonnade se fait entendre sur les hauteurs des fermes de Grattery. Les Français tirent sans relâche, l’on entend des coups de feu et de longues rafales de mitrailleuses : C’est le moulin à rata disent les vieux de 14-18. Un espoir nous gagne, nous allons être libérés, c’est l’attaque que nous attendions depuis longtemps. Vers 9 heures, mon père et moi conduisons nos vaches dans notre pâture « en Arrue » En montant plus haut que la maison PARENT nous apercevons l’incendie allumé par les obus et qui dévore le pignon de la ferme de M. FARQUE. Le vent violent rabat la fumée sur les champs alentour et l’on observe les arrivées d’obus (la ferme brûlera entièrement) Vers 11 heures, l’attaque progressivement diminue d’intensité, puis cesse, c’est pour nous une très grande déception. La vérité nous l’apprendrons par la suite. Une compagnie du 4ièmeR.T.T s’empare de la ferme « des Essaliers ». La suite m’a été maintes fois racontée par M.Louis GALLIOT qui exploitait la ferme. Il avait quitté la ferme le matin et rentrait à la nuit tombée, la cour était pleine de cadavres allemands. Tard à la lueur d’une lampe, je me mis à traire mes vaches. Soudain les portes d’écuries s’ouvrent violemment, en tirant et en hurlant les Allemands s’emparent des tirailleurs tunisiens qui fatigués, dormaient sur la paille et se croyaient en sécurité, tous furent fait prisonniers. Dans cette ferme qui brûla quelques jours plus tard, un jeune commis de ferme avait été tué et une femme grièvement blessée. Pour nous c’est l’abattement complet, nous avions mis tant d’espoir dans cette attaque qui etait sensé nous délivrer, alors que ce n’était en réalité qu’un simple coup de main.

Il pleut, il pleut, il a plu énormément en cet automne 1944. Les vieux disaient « C’est le canon qui fait pleuvoir, pendant la guerre de (14-18) c’était déjà pareil dans les tranchées » ;sans doute ne se rappelaient-ils pas des jours de beau temps, seulement des jours de pluie. En attendant et comptant bien passer l’hiver ici, les Allemands s’enterrent et organisent des positions. Ils creusent des casemates dans la roche de 2 m de profondeur, d’environ 4 X 3 ou 3 X 3 m de surface. Ils recouvrent le tout de troncs d’arbres croisés en plusieurs épaisseurs et ramènent tous les déblais, terre et roche par-dessus, sans avoir oublié de mettre en place un corps de fourneau.

A l’intérieur, outre les tables, des lits superposés sont aménagés. Ne manquent pas de voler un fourneau dans les habitations avec le bois tout fabriqué pour se mettre au chaud. Des perches clouées contre les arbres leur servent demain-courante pour, de nuit, se rendre à leur postes de combat ou à l’arrivée du ravitaillement, en vivres et en munitions.Ils posent d’immenses champs de mines dans l’espace les séparant des Français, des fils de fer barbelés en tapis pour empêcher de passer en rampant. Des fils téléphoniques courent sur le sol, que des Allemands réparent des coupures faites par les éclats d’obus.

Un jour en regardant la ferme de Chassagne ou habitait ma grand-mère nous nous apercevons qu’il n’y a plus de toit, il a été démoli par les obus (ce n’est plus du calibre 105 mais du 155 mm tirés depuis Chamesol). Ma mère est très en souci car elle a mis ma soeur Geneviève chez sa grand-mère parce que disait-elle : « C’est plus tranquille dans une ferme ! »

Il me vient une anecdote « Un officier allemand demande à ma tante qui exploitait la ferme de lui cuire des champignons, elle refuse  (il est vrai qu’elle n’avait pas toujours bon caractère !) L’Allemand avec une grenade à manche la menace de lui casser la tête. Elle s’exécute mais sale les champignons de telle façon qu’ils étaient quasi immangeables. Sans doute par fierté le boche mange et se tait. En riant ma tante racontait : « Il n’a pas du oublier de boire »

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