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EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

Octobre 1944

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Dimanche 1er octobre 1944.

9 heures, messe à l’abri de la cure ; M. le curé fait des recommandations et après la messe dit : Au revoir. L’après-midi, je dormais à la cave quand j’entends les femmes pleurer : c’est l’ordre d’évacuation de Bourguignon qui vient d’arriver pour demain lundi 2 octobre à 6 heures. Il pleut à torrent, la désolation est extrême, je vais demander à M. le curé de baptiser la petite Yvette Marie Aline. Je pars à l’église consommer les Saintes-Hosties, je l’aide à rapporter les vases sacrés ; tout le monde commence les bagages.Le soir une dizaine d’Allemands viennent au bas du village. Nuit blanche.

L’évacuation du village du 2 octobre au 17 novembre 1944

Lundi 2 octobre 1944.

Les paysans partiront avec chevaux et voitures, les autres à pied en traînant des petites voitures. Eugène se décide pour Valentigney ou Audincourt ; les BESSON et moi pour Mandeure ; les RIVIĒRE voudraient passer en Suisse. On avait décidé de partir après déjeuner, mais un officier presse le départ. Il est 10 heures quand on passe devant l’église ; j’ai ma petite voiture, les BESSON un vélo et une remorque. Un obus arrive quand nous passons devant le vieux cimetière, arrivé au café de la Plaine on rencontre le cousin des BESSON, VOISARD de Mandeure qui vient leur offrir l’hospitalité. Il a son vélo et sa remorque et dit que c’est dommage d’avoir abandonné la chèvre ; Roger retourne la chercher ; M. VOISARD me traîne dans sa remorque ; on double la cohorte des évacués, Mathay l’est également.On revoit des figures de connaissance ; certains disent que Mme FESSELET et sa fille ont été tué par l’obus que nous avons vu tomber derrière chez COULON. Roger BESSON revient et dit qu’il a aperçu les deux cadavres et deux voitures d’enfants abandonnées. On ne sait pas le sort de Joëlle FINOT. Elle est en vie. Mme VOULOT retourne avec Jules chercher des objets à Bourguignon, elle dit qu’elle n’a pas vu un seul Allemand dans le village, mais a essuyé des rafales terribles.Madeleine HUOT a eu une main coupée. Une voiture et deux chevaux étaient éventrés sur la route. M. HOZENAT arrive vers 4 heures et dit que le fils aîné des SOCIĒ  fermier serait tué avec son cheval. (C’est faux, c’est un autre jeune fermier) On dit que l’embouteillage à Delle pour la Suisse est terrible et bien des personnes abandonnent leur projet de s’y rendre. On s’organise à Mandeure et les jours se remettent à couler ; on apprend qu’un certain nombre d’évacués se sont rendu à l’asile du Rocher à Valentigney où les conditions d’hébergement sont gratuites, on va voir ceux que l’on connaît et qui tous affligés réagissent différemment suivant leur tempérament.L’église est comble pour les 4 messes matinales.

Mardi 3 octobre 1944.

Le lendemain de notre arrivée, on apprend que des volontaires sont demandés pour aller chercher du blé a Bourguignon. Roger BESSON se fait inscrire avec l’espoir de rapporter quelques victuailles. Les habitants de Mathay ont eu la permission d’y aller de jour, mais Bourguignon étant réputé dangereux, les voitures partiront à 5 heures si le temps est couvert ; ce qui se produit. Les MAUVAIS, CUENOT, Albert VOULOT et CURTIT se sont proposés, HANS fera interprète avec les soldats allemands du convoi. Frédo HOZENAT, Léon DĒBROSSE, Dodo CITRAS, André GOUVIER, Kiki GALLECIER, Louis FAIVRE, Charles et Auguste FRIOT et Charles FEUVRIER portent à 22 le montant de la caravane. On attend avec impatience le retour de l’expédition.

Vendredi 6 octobre 1944.

C’est le premier vendredi du mois d’octobre, il semble qu’on a quitté Bourguignon depuis une éternité. A 8 h15, salve de canon, inquiétude. A 8 h 30, bruit de voitures ; en face d’où nous logeons, c’est René CUENOT qui rentre chez MOSIMANN et Albert VOULOT chez PĒLIER un peu plus haut dans la rue.Tout s’est bien passé, le village est vide et dans le même état apparemment où nous l’avions laissé lundi, à part un nouveau trou d’obus à proximité de chez CAGNON et un sur le jeu de quilles BRAIDAISTAIN. Les meubles ont été ouverts et fouillés, mais le pillage n’a pas l’air trop grand. Roger BESSON a trouvé ma valise en travers de la porte de la chambre à deux lits et y a fourré quelques vêtements à moi, mes schnobottes, des cierges et un flacon d’essence. Il a pu rapporter un petit sac de pommes, un de noix, un de pomme de terre,mais les Allemands pressent le départ malgré les bouteilles dont on a adouci leur consignes et la nuit gène les recherches. Enfin, on est déjà tout heureux que le retour se soit fait sans encombre.

Samedi 7 octobre 1944.

Temps plus clair, à midi moins le quart arrivée d’obus en bruit d’assiettes cassées, je dis à Marguerite BESSON : ça c’est au village, rentrons les enfants ; on va à la cave ; 2ème rafale, celle là en direction de la maison RĒGNIER où sont les MAVON. Les pompiers se mettent en service, on apprend qu’il y a quelques enfants blessés.Par la suite, on dit même, que la petite EVEU a reçu un éclat d’obus dans la moelle épinière et ne pourra être sauvée. Les gens sont atterrés disant : « Il n’y a plus de sécurité nulle part, après Beaulieu,Courcelles, Audincourt c’est le tour de Mandeure et en plein village. »Il faut se secouer pour se décider à sortir ; l’après-midi en sortant de l’église, je vais à la cure voir M. le curé et demander de la lecture ; en sortant, je rencontre devant  l’hôtel Lorenne Marguerite FESSELET et Joseph FINO traînant deux espèces de cercueils sur une petite voiture ; ils se proposent d’aller enterrer Mme FESSELET et Gaby qui sont encore roulées dans leurs couvertures ; celles qui les ont mises Marguerite et André JACQUOT lundi matin.Les Allemands les accompagneront et ramèneront le père COULON qui se cache dans sa cave et a, jusqu’à ce jour échappé à l’évacuation.M. LABEUCHE qui croyait obtenir la permission de rester avait été ramené par les Allemands à 5 heures lundi soir.Jean GUEY, Charles FRIOT, Aldo CITRAS et Charles VOURRON sont volontaires pour cette triste cérémonie ; c’est sur place que l’inhumation aura lieu ; cette famille est très éprouvée, l’abbé a été arrêté, jugé et condamné à deux mois de prison à Belfort.

Dimanche 8 octobre 1944.

Journée ensoleillée, messe basse au lieu de la grand-messe par crainte d’une surprise, allocution touchante du doyen.

Lundi 9 octobre 1944.

On apprend que les Allemands sont allés chercher Michel GIRARDIN et la famille GIVER et le soir en sortant de l’église je croise deux voitures avec une barque qui vont chercher M. GIRARDIN père et le restant de la famille. Le bruit court que les « Noirs » sont chez BARTHOULOT et à proximité de chez GIRARDIN ! Encore un bruit à vérifier.A 11 heures du matin, bombardement de Mandeure.

Mardi 10 octobre 1944.

Vers 5 h 15, bombardement ; je suis à l’église avec Anne-Marie ; M. le doyen entendant les coups se rapprocher nous dit d’entrer à la cure ; après un instant de visite à la cuisine, tous se décident à descendre à la cave où se retrouve des Mathay, des Bourguignon, des Mandeure et des Ēcot ; triste réunion d’évacués qui essayent de se réconforter mutuellement.

Jeudi 12 octobre 1944.

Recensement des hommes de 16 à 55 ans, inquiétudes renouvelées, départ pour la Suisse.

Vendredi 13 octobre 1944.

Roger BESSON fait une chute dans les escaliers de la cave et nous effrayent par sa pâleur et ses haut-le-coeur. On craint pour la colonne vertébrale. La soeur infirmière passe en allant panser Jeanne GIRARDOT.

Samedi 14 octobre 1944.

Bombardements réitérés sur Beaulieu et Courcelles : 1 mort.

Dimanche 15 octobre 1944.

Belle messe, sermon de M. le curé de Mathay sur la reconnaissance. Journée d’automne ensoleillée. Le frère de M. VOISARD vient de Beaucourt avec sa femme les voir à midi. Nous partons aux vêpres ; au moment du Livies 1er obus tout proche, M.l’abbé monte en chaire pour le chapelet, 2ième obus, l’orgue s’arrête, des vitraux se brisent,une légère panique s’ensuit, une partie de l’assistance quitte l’église par la sacristie pour aller s’abriter à la cave de la cure ; une autre rentre chez soi par la grande porte et par les portes latérales. La plus petite partie finit son chapelet (dont nous sommes M. et Mme BESSON aussi), puis on se décide à aller chercher Anne-Marie ; au moment où on sort un nouvel obus tombe derrière l’école des soeurs. Arrivés à la cave on retrouve une foule de connaissance, mais les arrivées d’obus continuent, ce n’est que vers 3 h 30 qu’on se décide à sortir (avec Mimie CUENOT et ses enfants) au milieu de la rue des Tuileries, nouvelle arrivée ; enfin on est à la maison sain et sauf, encore une fois grâce à Dieu.

Lundi 16 octobre 1944.

A deux heures moins le quart, bombardement du quartier de la Tuilerie, on descend à la cave en vitesse abandonnant les draps à raccommoder, on entend des bris de vitres et des bruits de chute. Enfin après une vingtaine de minutes on remonte pour constater les points de chute assez rapprochés près des BUSSON, VOISARD, GASSER.En raison des bombardements les offices solennels sont supprimés et il n’y a plus que des messes basses le dimanche.

Samedi 28 octobre 1944.

On a déploré deux morts d’hommes : DĒMĒSY de Mathay tué derrière la Vierge de la Roche en arrachant ses pommes de terre, du même obus qui blessa Maurice GOUNOD à une jambe nécessitant son transfert à Montbéliard, et GROSSARD de Mandeure tué près de chez TRĒVISAN aux Cités du Pont. On parle de deux blessés légers, la fille de DĒMĒSY et une autre femme. Enterrement par M. le doyen et M. le curé de Bourguignon le lundi 30 octobre.Le lundi 16 et mardi 17 avaient eu lieu deux enterrements protestants des deux hommes tués à Courcelles. Les dimanches 22 et 29 octobre, j’ai eu la visite d’Eugène qui se plait à Valentigney au café d’Alsace mais qui trouve comme tous que le menu propre et bien soigné de la cantine est bien court ; heureusement qu’il peut trouver quelques petits suppléments : Fruits ou betteraves rouge à côté.

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