Agenda

septembre 2019
L M M J V S D
« Août    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

EJP

EDF annonce:

Le mercredi 30 janvier 2019 sera un jour EJP.

Il restera 10 jours EJP pour la saison 2018/2019

Septembre 1944

Page Précédente

Vendredi 1er septembre 1944.

Le maire est chargé de prévenir officiellement les habitants que des bandes pillardes se dirigent vers sa commune, afin que chacun cache ses objets précieux, linges vêtements et denrées alimentaires.Réactions diverses suivant les tempéraments.

Sur le Doubs roulant à pleins bords passent les cadavres de 13 à 18 chevaux ; que de cuir perdu alors qu’il faut se chausser de bois et de chiffons ! Vendredi soir, on apprend que les pillards de vélos sont partis après en avoir rendu une cinquantaine.

Samedi 2 septembre 1944.

5h30 de l’après-midi, une après-midi de pluie torrentielle et de rafales de vent qui arrachent aux arbres des nuées de feuilles prématurément dorées. Quelques rafales de mitrailleuse, un coup sec (une grenade sans doute) On pense « cette fois c’est au village »pas tout à fait, c’est l’attaque, du reste manquée, d’un convoi allemand en face de l’école par des parachutés. Des balles seraient venues jusqu’à certaines maisons du village :TRIPONEY, CUENOT, dames TURBERGUE etc. Dans la soirée on apprend que vendredi soir un jeune homme de Pont de Roide (SCACCHETTI) emmené prisonnier par une bande de soldats a été fusillé dans un champ en bordure de la route sur le territoire de la commune de Mathay.

Mercredi 6 septembre 1944.

Toute la journée des blindés camouflés passent en direction de Pont de Roide. J’encompte 53 de 1 h 30 à 3 heures. Certaines personnes ont comptées jusqu’à 84, d’autres jusqu’à 100. De nombreuses voitures de maîtres les encadrent ; j’ai compté jusqu’à 40 dans le même laps de temps.Les occupants d’une de ces voitures ayant eu une réparation à effectuée au village, on a compris qu’ils se dirigeaient vers Besançon ; certains ont entendu parler d’Anteuil.De fortes détonations sont perceptibles toute la matinée en direction de Clerval-Baume. On apprend qu’un certain nombre se sont arrêté à Pont de Roide, mais la majorité prennent la route de Dambelin. Une chenillette battant pavillon Croix Rouge et trois voitures également sous ce signe passent vers 4 heures. Le défilé se prolonge toute la soirée et une partie de la nuit.

Le matin le maire de Bourguignon est venu donner l’ordre d’ouvrir les caves abris. Certaines personnes habitant en bordure de la route quittent leurs demeures de crainte d’échauffourées.Un poste a été établi près de la maison COULON (anciennement VOURRON-CHAVANNE) et les autres hommes sont dans les buissons du coteau de l’autre côté de la voie ferrée. Depuis hier mardi, deux hommes de corvée vont chercher la soupe en remorque à Mathay.On estime qu’il y a une trentaine de soldats en tout ; certains ont l’air de faire la surveillance du pont.

En descendant de Varembourg, j’aperçois quelques camionnettes au repos près des maisons FEUVRIER-HENRY, BONNOT, CAGNON ; les soldats maraudent les prunes ; on dit que ce sont des Waffen SS (la flèche de direction indique Wolff) ils portent la casquette autrichienne, sont très bien portants mais ont l’air fatigué et disent qu’ils viennent de Marseille ou Toulouse. Derrière le monument j’aperçois un canon assez long qui pourrait bien être un 105, et un autre plus petit vers les grangeries THIRODE. Une vingtaine de caisses d’obus sont déposées dans la cour de l’église. On se demande si le clocher servira de poste de tir.

Fatiguée par un gros rhume je me couche contrairement à mon habitude à 9 h 15 et m’endors vers 10 heures d’un lourd sommeil dont je suis tirée par de sourds coups de canon. Je laisse passer les premiers sans bouger, mais devant leur fréquence et leur déflagration sèche, je me décide à passer un peignoir et sur ma porte, je trouve M. et Mme RIVIĒRE dans le couloir essayant de se rendre compte des départs et de l’arrivée, très difficile.

Par la fenêtre conciliabule avec la famille BESSON et Jean MOZER. On suppose que le Lomont est le point de mire et on suppose que certaines pièces sont sur les  hauteurs derrières Varembourg et on estime que si le Fort répond, on pourrait avoir des craintes, si bien que l’on passe à une toilette plus complète. Encore une dizaine de coups, le Lomont fait le mort. Un avion passe, la canonnade cesse, alors chacun rentre chez soi et s’étend tout vêtu sur son lit. Les coups reprennent durant toute la nuit.Le matin on apprend que 4 pièces sont postées de l’autre côté du Doubs : une sur le sentier de Chassagne les autres on ne sait pas ; que 3 pièces à canons et 15 camions ont pris le chemin de Varembourg. On dit que l’une est au-dessus de la gare, l’autre au tournant du chemin de LOCATELLI. La dernière à la courbe de Vaux.C’est à peu près ce qu’indique le sifflement des obus, et les déflagrations, mais tout sera àvérifier plus tard.

Jeudi 7 septembre 1944.

Toute la journée le tir continue, les gens commencent à s’accoutumer. Le défilé des blindés sur la route reprend avec cette différence pour ce que je vois personnellement, que les autos-mitrailleuses ou autos-blindées ne sont pas camouflées et n’ont pas de chenilles.La nuit des tanks à chenilles ont passés en direction de Montbéliard ? Vers 5 heures du soir on entend des mitrailleuses du côté du Lomont.Un peu plus tard, les soldats ramènent au poste COULON 3 jeunes gens qu’ils ont trouvé dans les bois, direction Grattery.Que le petit pont sur la Ranceuse a sauté à Vermondans ainsi que la maison attenante.Que le pasteur de Pont de Roide a été tué parce qu’il regardait dans une jumelle !Que le maire et M. ROUSSEL ainsi qu’une vingtaine d’otages ont été pris en représailles d’une attaque FFI contre les sentinelles allemandes du pont de Pont de Roide.

La radio suisse de 8 h 15 nous apprend que les Américains ont passé sur la rive droite du Doubs à Baume-les-Dames, puis ont été rejetés sur l’autre rive, ce qui explique la forte canonnade entendue.Le bruit circule qu’ils n’ont pu passer le pont de Saint-Hippolyte, rétabli en bois depuis 40, il n’a qu’une charge utile que de 15 tonnes ?(Saint-Hippolyte, d’après ce que l’on croit a été délivré par la résistance le vendredi 1er septembre.) Le pont de Bourguignon a été miné aujourd’hui par les troupes cantonnées ici. A 9 heures du soir M. et Mme CRUCET de Mathay (nos anciens fermiers) viennent me demander à coucher, la route et les arbres ayant été miné devant chez eux, ils craignent une explosion de nuit. Ils racontent que le village de Branne près de Clerval a été la proie des flammes.Le tir cette nuit est beaucoup plus calme, néanmoins on se couche sans se dévêtir.

Vendredi 8 septembre 1944.

Ce matin on entend des avions qui volent assez bas, certains distinguent les cocardes tricolores ? et la DCA, d’abord en direction de Voujeaucourt, ensuite en direction de la Suisse. Le tir des pièces posées sur la commune est beaucoup plus intermittent, la circulation sur la grand-route très ralentie.On apprend qu’un obus a traversé une maison du Fourneau et a tué M. MOUGIN père de l’employé des contributions au château BONNOT de la Rochette, et blessé M. JOURNEAUX sérieusement au bras, on craint l’amputation, ainsi que M. MONTARLIER.

Samedi 9 septembre 1944.

La matinée est assez calme, le canon tire toujours, certaines pièces sont changées de place. J’entends pour la première fois siffler des obus au-dessus de ma tête en allant chercher des légumes. En rentrant au village j’apprends que des obus sont tombés en Champagne, cherchant la pièce qui tire de Mathay M. et Mme BESSON qui arrachaient des pommes de terre ont été encadrés par les points de chute.L’après-midi, rien de sensationnel, tout à coup à 5 heures du soir, dans la vieille maison avec Monique j’entends un bruit insolite dans les peupliers au bord du Doubs et on a l’impression que le tir a changé et qu’il y a du danger ; je prends la petite par la main et je l’entraîne à la cave, au moment où je passe la porte du couloir j’entends une chute proche et les vitres du couloir tombent sur l’escalier. C’est le bombardement de Bourguignon qui commence et qui dure d’abord une demi-heure. La cave se remplie ; quand on peut sortir, on s’aperçoit que les deux points de chute les plus rapprochés de la maison sont au pommier sauvage du verger et au peuplier de la barque ; on a un moment d’émotion retrouvant la canne à pêche et la boite des FRIOT père et fils, et l’on craint que le déplacement d’air ne les ait précipités au Doubs ; heureusement on les retrouve. Vite on se remet en cave à 7 heures, cela recommence.On s’installe pour passer la nuit à la cave, les familles les plus voisines, et au moment où on allait fermer la porte, les jeunes de l’autre côté du Doubs arrivent ; ou avait eu peur d’un incendie de l’autre côté du Doubs ayant vu une fumée épaisse s’en dégager. Cependant on apprend qu’aucun incendie n’a eu lieu et qu’il n’y a pas de victime. On passe une assez bonne nuit mais on entend bien des coups de canon.

Dimanche 10 septembre 1944.

Le dimanche matin je vais jusqu’à la cure (j’ai appris que M. le curé « Armand GISSINGER » avait été blessé ainsi que Charles PRUD’HAM, ce dernier à l’oreille. M. le curé a la joue, de l’obus qui a détruit le trou de four de chez PRUD’HAM.) M. le curé me dit que le plus dangereux pour lui a été un petit éclat qui l’a touché à la paupière à droite en lui faisant une blessure heureusement superficielle.Il n’y aura pas de messe, M. le curé encore un peu commotionné est en train de déjeuner.

Il y a aussi un abri dans sa cave ; un 3ième à la cour ; un 4ième chez Gisèle MOUGIN ; un 5ième maison HEYDEL ; un 6ième maison MARSOT. Jusqu’alors j’ignore les autres. M. René CUENOT me dit qu’il va chercher ses vaches et se charge de dire à mon frère ce qu’il en est du bas du village et me rapporter des nouvelles de Varembourg. Après cette petite sortie, je reviens à l’abri où chacun commence à dire : « Quel drôle de dimanche ! »

Vers midi mon frère y arrive et confirme ce que Jean MOZER venait de me dire« Qu’une dizaine de bombes sont tombées à proximité de la maison FIFFRE et de la sienne. » La famille FIFFRE est venue se réfugier chez lui à 7 heures du soir à l’exception du père qui est subitement venu à minuit. Heureusement car à 2 h 30 le bombardement a été intense. Ils quittent leur maison très secouée.

La maison CITRAS garde-barrière (àVarembourg) a été aussi sérieusement touchée, les fils téléphoniques et électriques traînent enchevêtrés sur la voie et la grand-route. Le courant électrique a été coupé dès le premier coup de canon, si bien qu’on se trouve sans lumière et sans radio.On a eu recours à quelques litres d’essence précieusement mis de côté dans des cachettes sûres lors des premières réquisitions et les petits « Pigeons » éclairent notre installation. Le commis des MOZER qui revient de garder les vaches, vers midi dit qu’un obus a éclaté en Arrue à 10 mètres des bergers qui reviennent à toutes jambes et ne retourneront plus.

L’après-midi, le bombardement ne cesse guère, par rafales. Les hommes appellent cela du tir de barrage. Par quelques allants et venants (mon frère va donner à manger à ses buses) ou autres personnes, on apprend que l’école a été sérieusement touchée ainsi que le préau. Que deux bombes sont tombées dans le cimetière.Un jeune homme d’Ētouvans de passage dit que les armées alliées n’ont pu sortir de Baume-les-Dames, qu’elles attendent du renfort et que pendant le Lomont tient le coup contre les troupes allemandes.Trois jeunes gens essaient de rallier le Fort, mais sont arrêtés par les coups de feu de l’infanterie, et ils parviennent à s’échapper par le Dérable ; on nous dit que les alliés sont à Seloncourt ?Le bruit approche, il nous est arrivé quelques nouveaux, nous sommes 46, la chaleur par place est très forte, on a descendu quelques matelas pour améliorer le couchage.

Lundi 11 septembre 1944.

Le matin à 8 h 30, je vais jusque chez CUENOT, j’apprends que M. le curé a été dire sa messe avec l’abbé RIEGERT comme servant ; entre-temps l’église est fermée. On saignera là et on aura de la viande ; cela me rappelle que j’ai oublié de noter qu’hier vers 17 heures un coup de revolver retentit devant notre abri et en même temps un sous-officier (ou officier) se présente le revolver braqué accompagné du père MOZER demandant son fils. C’est la rafle des cochons qui continue, même le petit des BESSON y passe.

Le soir à 9 h 30, les hommes sur la porte aperçoivent deux soldats allemands ticklant à ma grille, M. RIVIĒRE et moi y allons par l’escalier intérieur ; parlementations ; il s’agit seulement de préparer à manger pour 7 hommes ; ils finissent par comprendre que cela est impossible, boivent deux verres d’eau et s’en vont en nous souhaitant poliment le bonsoir.Nous redescendons dans un abri des plus calmes malgré les éléments si disparates. Nuit assez calme.

Je reprends après ce rappel à lundi, en allant faire ma toilette à ma chambre, je vois un de mes carreaux, perforé et j’en déduit que c’est le résultat du coup de revolver de l’amateur de porcs.On apprend que mardi il y aura 100 gr de pain par personne sauf imprévu.On remarque que le téléphone a été placé devant chez moi pour traverser le Doubs ainsi que devant la cure, venant par le chemin du cimetière. Mon frère en allant à Varembourg dit qu’il y en a aussi sur la grand-route et que la maison MARAIN de Champagne a été sérieusement touchée. Bombardement irrégulier et intermittent ; l’après-midi je vais faire un tour d’abri à la cure et chez Gisèle où je prolonge un peu. Tout à coup les enfants rentrent en criant : « Quelle fumée à Chassagne, c’est un obus dans le bois. » Je prends en vitesse le chemin du retour.A 4 h 20 à l’église devant chez MILLOT le sifflement caractéristique, Léon TOURNOUX qui arrive en sens inverse me crie : « Couchez-vous » je m’agenouille seulement contre le mur de la cure ; je rentre en vitesse. Quelques coups intenses.A 5 heures Jean MOZER vient nous annoncer que Léon MARCHE a été tué sur sa porte de grange, Armand LĒPINE est blessé au pied, la façade de la maison CHASSEROT éventrée.A la cure j’avait appris qu’on craignait pour le quartier de la guerre à cause d’un état-major ramené là de Pont de Roide.Dans la matinée de lundi les pillards avaient opéré des rafles dans toutes les maisons de l’autre côté du Doubs.Toujours sans nouvelles précises du gros de la bataille, les bruits les plus contradictoires circulent, on constate seulement que la circulation sur la route a énormément diminuée.Cet après-midi baptême de Marie-Louise LAVIGNE.

Mardi 12 septembre 1944.

Après une nuit relativement calme, journée très bombardée ; à 18 heures 6 hommes traînant M. MARCHE au cimetière ont hâté l’enterrement en constatant la fréquence du canon.Les soldats ont continué la levée de tous les cochons et de plusieurs vaches. A 22 h 30 environ, des coups d’un calibre inusité qui font trembler la cave pour la première fois se font entendre, on suppose que c’est la grosse artillerie alliée qui arrive enfin car les coups de départ semblent venir des hauteurs derrière Pont de Roide et les arrivées au milieu de Champagne.M. MOSIMAU de Beaulieu a dit qu’une pièce allemande est installée au cimetière de Valentigney.J’ai oubliée de noter le départ des 4 canons allemands de l’autre côté du Doubs dans la nuit de lundi à mardi.On apprend la prise de Vesoul.Ce mardi il y a eu distribution de pain, 100 gr par personne. A 2 heures M. HANS vient rejoindre sa famille.

Mercredi 13 septembre 1944.

Mon frère repart chez lui où il n’était pas remonté hier. On avait dit qu’hier 10 obus étaient tombés à la pâture.Ce matin, dès la première heure le combat se fait terrible ; on entend la mitrailleuse, certains disent des grenades. Accalmie vers 10 heures. Midi : très forte détonation, c’est le pont de Bourguignon qui saute, une arche rive droite. 2 heures, en allant au pain on apprend que 36 hommes des Forges ont été enfermés dans la cave BARTHOULOT, maison TIPHINE, en représailles de coups de fusils tirés sur des soldats à Pont de Roide, et qu’un jeune homme a été fusillé de l’autre côté du Doubs, côté Port. Nuit calme.

Jeudi 14 septembre 1944.

Nuit calme, mais pluie diluvienne, un peu d’accalmie dans la matinée, j’en profite pour aller à Varembourg porter du lait à mon frère, je vois les dégâts des maisons ROBARDEY,CAGNON, DUPONT puis de Varembourg ; mon frère cuisinait un lapin, je prends le chemin du retour, au vieux cimetière deux obus me sifflent sur la tête, puis on entend la mitrailleuse toute proche.L’après-midi est très agitée, on entend le combat aux Forges croit-on, où un barrage a été constitué par des arbres abattus.A 5 heures, Mme FIFFRE nous amène sa fille, Mme Marguerite BOURCARD qui attend un bébé. Dans l’impossibilité d’avoir des soins de Pont de Roide et comme il y a un jeune docteur à l’abri de la cure, elle sera mieux au bas du village ; on installe en vitesse son lit à la petite salle.On aperçoit de grandes flammes aux Forges, c’est un dépôt de munitions qui brûle après avoir été touché par un obus. Avec la tombée de la nuit le combat redouble de violence. A 11 h 30 naissance d’un gros garçon « Pierre-Aimé »

Vendredi 15 septembre 1944.

Quelques Allemands demandent à passer la barque.On apprend qu’une partie du bâtiment, logement WENDLINGER s’est effondré engloutissant les trois habitants qui furent délivrés au matin par des soldats allemands.Vers 9 heures, M. FIFFRE arrive avec Pierrette et va chercher des provisions chez lui, il en revient avec mon frère qui rejoint le bas du village. Sur la fin de l’après-midi quelques hommes arrêtés pour contrebande et relâchés par les Allemands arrivant de Belfort et disent que les alliés sont à Villersexel. Nuit calme, pluie.

Samedi 16 septembre 1944.

Je vais m’entendre avec M. le curé pour le baptême du petit Pierre BOURCARD ; ce sera à 2 heures. Mme FIFFRE m’apprend que mon frère a découvert que les pillards l’ont volé cette nuit :vélo, vélo-moteur, Kodak, linge etc..La pluie ne cesse guère. J’essaie de porter une protestation au PC, le bombardement reprend, j’entre avec M. RIVIĒRE à l’abri SOCIĒ. Nous nous remettons en route, nouveaux obus du monument à la grand-route, M. RIVIERE fait demi-tour, j’arrive à Varembourg où mon frère me montre les dommages ; il me retient jusqu’à midi. Le père FIFFRE lui reporte à manger, je me hâte d’en faire autant.Baptême à la petite salle. M. le curé dira la messe demain à 9 heures à sa cave et donnera la communion à la messe.Après-midi assez calme, nuit très calme.

Dimanche 17 septembre 1944.

On se prépare pour la messe, 8 h 45 Eugène revient tout bouleversé deVarembourg où il avait été pour changer de linge, le pillage y a repris en grand, à peu près tout son linge personnel a disparu ainsi que les serviettes-éponge, bijoux et tiroir éventré à coup de hache ou crosse. Il a rapporté ses photos et lettres de Paule qu’il met en dépôt dans ma chambre. Messe,repas. Je suis brisée de fatigue et de toux, je vais me coucher dans ma chambre. 2 h 15, la canonnade reprend ; je me lève et me décide subitement à partir avec M. FIFFRE chercher quelques objets à sauver à Varembourg. Spectacle lamentable ; je fais 2 ballots, 1 sac et un couffin que je charge sur la voiture de Varembourg et ma charrette avec l’aide du père FIFFRE, plus 3 gros ballots dans des draps que nous cachons de notre mieux ; la sueur nous roule sur le visage et nos quintes de toux se répondent ; l’orage menace, les sifflements d’obus reprennent ; nous repartons en hâte traînant nos charrettes et apercevons l’auto des militaires devant chez BRAIDAISTAIN.Arrivés devant notre croix je m’aperçois que j’ai oublié mon sac avec mes pièces d’identité.Heureusement Mme FIFFRE s’offre à retourner me les chercher ; Eugène range ses ballots et prétend qu’il aimerait mieux aller relever le cadavre qui gît toujours de l’autre côté du Doubs. Dans la soirée on apprend qu’il a tout de même reçu sépulture sur place ; c’est M.Alphonse WACHTER de Pont de Roide, 45 ans. La soirée se traîne, les béliers vont un peu mieux, les conversations sont assez bruyantes ;vers 10 h 45, le calme commence à se faire et à 11 heures les obus font rage avec un bruit terrible ; WALZER qui s’était décidé à coucher chez lui, arrive à l’abri tout essoufflé en disant que l’horizon est tout rouge côté Pont de Roide. Mitrailleuses et grenades crépitent ; cela se calme progressivement, les pleurs d’enfants occupent le restant de la nuit très agité.

Lundi 18 septembre 1944.

Matinée très calme, brumeuse et froide. Les MAVON se décident pour la première fois à manger à la cuisine des BESSON. Les FIFFRE revenant de soigner les bêtes disent que les pillards ne sont pas revenus.Quelques obus l’après-midi. Nuit très bruyante, canons, mitrailleuses.

Mardi 19 septembre 1944.

Le matin on s’aperçoit qu’une lame de persienne a été retournée.Visite de M. QUELCH, les alliés seraient à Aix-la-Chapelle, grands mouvements de troupe prés de Montbéliard. Matinée calme.Après-midi très bouleversée avec points de chute rapprochés de notre coin, Dérable,Chassagne, obus fumigène ; revenant de chez CUENOT je dois m’abriter 4 fois et un éclat coupe les fils électriques à quelques pas de moi devant chez VOULOT. Nuit moyenne.

Mercredi 20 septembre 1944.

Au réveil, pluie diluvienne, le campement de réfugiés est lamentable dans le petit jour. Je vais à la messe à 8 heures à la salle à manger de la cure. Comme hier et lundi, trop lasse je n’avais pu y aller.Le prélèvement de porcs, génisse et poste de TSF ont continué hier et aujourd’hui malgré le petit nombre de soldats allemands, mais ils opèrent toujours avec le pistolet braqué.Vers 4 heures, le temps se lève et le soleil reparaît relevant un peu le moral. Après-midi moyenne comme le bombardement. On apprend la prise de Giromagny. Nuit calme et fraîche.

Jeudi 21 septembre 1944.

Soleil ; beaucoup de passage d’avions ; 5 Allemands postent une mitrailleuse devant la maison Henry FEVRIER. La femme de Georges THIRODE dit que tous les Allemands ontquitté Mandeure pour Seppois ?A midi le restant du pont de Bourguignon s’effondre.Après-midi ensoleillée et calme après la chute d’obus près de l’école à proximité d’Ida CAGNON. Les enfants sont heureux de s’ébattre un peu au jardin après la longue réclusion.Pas mal de reconnaissance d’avion. Nuit calme, la première que je passe dans ma chambre,heureuse de m’étendre au calme. Quelques coups de canon et avion.

Vendredi 22 septembre 1944.

6 h 45, réveil en fanfare, mitrailleuse, canon font rage sur les hauteurs pendant une bonne demi-heure, puis le calme se rétablit. Je vais à la messe où se retrouve à peu près les habitués. Soleil, matinée moyenne. Visite de Mme MACHINO de Voujeaucourt : Pont du chemin de fer démoli par le bombardement avion. Atrocités des Mongols ; Montbéliard ville ouverte ; pillage comme ici à Voujeaucourt. Ēcot serait délivré par les Sénégalais, Colombier-Châtelot par les Américains. On apprend que l’aînée des filles de Catherine  GIRARDOT de Mandeure a reçu un éclat d’obus en Champagne, rentrant chez elle par le bord du Doubs. Ēvacuation de 180 enfants de Villars-sous-Ēcot par Delle et la Suisse pour Charmauvillers. Aujourd’hui pas un obus ne touche la commune, mais une grosse pièce nouvelle se fait entendre (départ) du côté de Chassagne. A la tombée de la nuit on voit même les lueurs accompagnant les coups, est-ce une Américaine qui crache sur Colombier-Fontaine ou une Allemande qui arrose Ēcot ? On ne sait mais les craquements nous font sursauter. Malgré ce bruit je me couche à ma chambre.Vers 10 heures les coups cessent et je dors tranquille. Ginette MOZER, son petit Christian,Clara HAUSS et ses enfants sont aussi allés dormir maison MOZER. La nuit, il semble entendre un mouvement de troupes.

Samedi 23 septembre 1944.

Temps gris, puis pluie, les familles CORIA, DĒBROSSE et GOUVIER retournent pour la journée dans leurs maisons.On raconte que Vermondans délivré par les Sénégalais aurait été repris par les Allemands. Le duel d’artillerie continue. La colonne de l’autre côté du Doubs rentre à l’abri. Nuit moyenne.

Dimanche 24 septembre 1944.

Messe à 9 heures à la cave de la cure, le soleil se montre un peu.L’après-midi quelques obus tombent derrière le cimetière. Nuit assez calme.

Lundi 25 septembre 1944.

La famille MAVON se décide à rejoindre ses pénates ; journée froide, pluvieuse et assez calme. A 5 heures, violente détonation, ce sont les acacias de la gare qui sautent ;marmitage incessant toute la nuit.

Mardi 26 septembre 1944.

7 h 30, le bombardement reprend avec une grande violence, des éclats tombent devant ma fenêtre pendant ma toilette. Je redescends à la cave et pense que je peux dire adieu à la messe.Lucienne COMMENT et Juliette ROUILLIER qui viennent chercher le lait des Forges disent qu’un obus et tombé pas loin d’elles à proximité de l’école. La famille GOUVIER revient à 9 h 30 disant que des obus sont tombés près de chez eux dans la pâture MAUVAIS. Après-midi pluvieuse et bombardée ; incendie de la ferme de Grattery.Le père PRIEUR qui s’est réfugié à Mathay raconte que les habitants de Lucelans ont été enfermés 6 jours et 6 nuits dans les caves, les Allemands leur ont pris toutes leurs bêtes et n’ont rendu sur la prière des femmes qu’une vache par famille pour empêcher les enfants de mourir de faim.Mon rhume dure toujours, je me couche toute l’après-midi dans mon lit où je me trouve délicieusement bien. L’abbé dit que c’est de la volupté. Les gros coups font trembler les murs, les portes, je suppute les arrivées : Mon Dieu ayez pitié de cette maison, de la voisine… je les nomme toutes une à une, le sommeil me prend ;une nouvelle rafale me rappelle à la réalité, j’entends les criailleries des enfants et des jeunes filles qui regagnent la cave en vitesse. Mon Dieu, je crains que vous leur soyez bien lointain ! Toujours le Dieu inconnu qu’on prie, mais auquel on ne parle pas assez, pitié !Protégez leurs corps, sauvez leurs âmes ! Ma pensée fuit vers ceux qu’on aime ! Que deviennent-ils ?A minuit moins le quart, canonnade intense. J’allume, puis me recommandant à Dieu, j’éteins et m’étends à nouveau dans mon lit. Le combat ne cesse guère. Je dors malgré toutde bons moments en priant pour ceux qui meurent pendant mes réveils. La mitrailleuse semble s’être bien rapprochée.

Mercredi 27 septembre 1944.

Début de matinée calme. En sortant de la messe on apprend la mort de Henri VOURRON, de sa femme et d’un de leurs 4 enfants, tués cette nuit par le premier obus tombé sur la Cité du Maroc à Beaulieu.Après-midi moyenne, nuit calme. On apprend que 3 maisons de Mathay sont bien abîmées.

Jeudi 28 septembre 1944.

Pluie froide, journée moyenne à 5 fusants ou fumigènes sur la route en direction de lamaison VOURRON-CHAVANNE. Dix minutes après, bombardement intense ; la maison BISCH-HARTMANN logement VOURRON, maison HAPPE sont défoncées par le toit. Les jeunes filles des Forges service du lait disent que des obus sont encore tombés près de l’école et près de la maison COULON.La mère GALLECIER arrive demandant abri pour elle, son petit-fils Roger, la femme de ce dernier et les deux bébés, car l’abri VINCLER est en partie inondé. Ils prendront la place quittée par les MAVON. Après la prière, je monte à ma chambre, mais à 11 h 30 je discerne que les départs font place à des arrivées assez proche et je quitte mon lit pour la cave où Mmes FIFFRE et BOURQUARD et les deux enfants descendu avec moi ; à 3 h 30, les BESSON nous y rejoignent. Le lendemain on saura que la Planche aux Poules totalise 15 cratères et il n’y a même plus un Allemand à demeure au village. Clair de lune.

Vendredi 29 septembre 1944.

Saint-Michel. Brouillard glacé le matin. Soleil et bise l’après-midi. M. ROBARDEY du pont de Mandeure vient apporter le filet promis à mon frère, et ce dernier se décide à partir à pied à Audincourt pour se faire raser.Cueillette des poires, de quelques noix car bombardement moyen assez lointain. A 5 heures,les coups se rapprochent. (60 vaches ont été enlevées à Mathay) 7 heures, on finit de souper ; Eugène n’est pas rentrer ; un coup sec, on a l’impression que c’est dans la cheminée de la vieille maison, instinctivement on rentre le cou dans les épaules, en disant : « A la cave, jamais un sans deux » a peine y est-on arrivé que la rafale éclate ; après on voit que c’est tombé à 20 mètres de la maison qui est criblée côté cour, un éclat est entré par la fenêtre du cabinet de toilette, percé la cloison de la salle de caté, ricoche contre le mur du salon, perce la porte du couloir ; un autre perce la porte de la bibliothèque et va s’incruster dans un livre. Pas mal de vitres et de tuiles cassées ; tout le monde est sain et sauf. Marie DĒBROSSE-RIOT et Mme CORIA se heurtent en rentrant précipitamment à la cave et tombent l’une sur l’autre, quelques contusions et crainte étant donné l’état de Marie DĒBROSSE. Eugène rentre, il y a eu bombardement aérien sur Audincourt ; Montbéliard est calme. Nuit tranquille.

Samedi 30 septembre 1944.

Matinée moyenne, un ou deux éclats assez proche devant chez GENTIL rue Neuve. Après-midi assez bombardée ; à 7 heures, Marie DĒBROSSE-RIOT demande le docteur qui demande un lit dans une chambre au 1er étage. A 11 heures, coups forts, tous redescendent.Les enfants sont très pleureurs. Mme FIFFRE prêtera secours pour la naissance qui a lieu le dimanche matin à 4 heures ; c’est une belle petite fille.

Page Suivante