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Août 1944

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Mardi 22 août 1944.

Une chaleur lourde, torride ; les gens du village font leur transport de bois de chauffage ; tout à coup un roulement plus sourd attire mon attention et tire Eugène de sa sieste à l’atelier ; il est 2 h 30 nous voilà au balcon, ce sont des canons allemands ,vraisemblablement des  77 munis de leurs capuchons et montés sur chenillettes avec 4 servants apparents  (y en a t-il à l’intérieur des engins ? Je ne sais)  qui s’avancent en direction de Pont de Roide. J’en compte 4 plus une voiture déjà à demi hors de vue qui était paraît-il un camion de munitions.

Entre 3 h 30 et 4 heures, quand je quitte Varembourg, je m’arrête un instant au passage à niveau pour laisser passer une petite auto d’officiers, cartes déployées sur le toit de l’auto et deux camions de soldats assis dos à dos, fusils braqués contre la route. C’était des renforts qui montaient à l’assaut du Lomont, où on avait entendu le matin vers 8 heures un début d’attaque.

Vers 5 heures (17 heures) et pendant 2 heures environ on entendit les coups de canons se répondre. A minuit les blindés redescendirent au nombre de 3 seulement. On apprit par la suite qu’un était monté par la route de Noirefontaine qui après avoir eu ses servants tués, il avait, conduit par son chauffeur, fait toute la traversée du plateau pour sauter sur une mine.Un autre resta en difficulté de mécanique sur la route de Pierrefontaine et fut remorqué la nuit suivante. A l’entendre repasser de nuit on avait compris que l’épisode n’était pas glorieux pour les assaillants et une prière de reconnaissance s’élevait du coeur.

Lundi 28 août 1944.

Une longue file de charrettes (genre petites voitures à échelles) escortées de soldats harassés arrivent à Pont de Roide dans la matinée. Ce sont paraît-il des Russes blancs,Polonais, Tchéko etc. ; un ramassis hétéroclite, ils disent qu’ils viennent de très loin pour 6 mois de repos. Les gens rient en les regardant, bientôt ils ne riront plus, les jardins sont razziés par ces tristes individus.

Mercredi 30 août 1944.

8 h du soir, le bruit circule que la résistance a attaqué Pont de Roide. On entend en effet des décharges de mitrailleuses.On apprend par la suite qu’il y a eu une escarmouche rive droite du Doubs à proximité du château HERR. Une sentinelle allemande a été tuée ainsi que des chevaux. Des prisonniers auraient été faits. Pas mal de vitres brisées dans ce quartier.Le travail cesse aux usines CERF et FELLER de la Crochère.

Jeudi 31 août 1944.

8 h 30 du matin, une imposante colonne de blindés prend la direction de Pont de Roide. Les inquiétudes renaissent ; les nôtres ont-il vraiment ce qu’il faut pour répondre à ce déploiement de force.

Les usines de Pont de Roide ont fermé ce matin, les ouvriers reviennent en disant que des engins sont arrêtés et vont du pont de Pont de Roide aux usines du Fourneau ; ils ont pu voir un tank à tourelle, des auto-mitrailleuses et un canon de105.

On s’attend à un tintamarre énorme : 10 heures deux coups de canon, puis plus rien ; midi et demi quelques déflagrations lointaines ; le ciel s’assombrit un orage est imminent . A  2 h 30,je quitte Varembourg pour ne pas être mouillée, on entend des roulements lointains,canons ? Non c’est le tonnerre.

Les bruits les plus divers commencent à circuler : les blindés ne sont pas montés au Fort, ils ont pris la direction de Saint-Hippolyte, puis de Maiche, car on s’attend à y voir arriver les Américains.

A 10 h 30 (22 h 30), sous une pluie battante le roulement caractéristique annonce que les blindés se replient une fois de plus en direction de la vallée. Par leurs feux on reconnaît jusqu’au tank à tourelle, les ferraillements de chaînes font supposer qu’il y a remorquage d’engins avariés ; certains prétendent avoir vu deux camions de morts, d’autres quatre ?

La boucherie REMILLET, rive droite du Doubs et le garage MAILLOT ont reçu des éclats de bombes soit du Fort, soit du mortier allemand.On prévient que les fameux « Russes blancs et consorts » lèvent tous les vélos, c’est une course générale à la meilleure cachette sous des averses torrentielles qui depuis deux jours succèdent à la sécheresse qui sévissait depuis un mois entier. Et l’après-midi se passe sans qu’ils arrivent à Bourguignon, mais on apprend qu’ils en ont raflé 400 à Pont de Roide sans compter les montres et bijoux pris soit sur les habitants, soit à leur domicile au cours de perquisitions.

L’auto de M. Antoine PEUGEOT, du docteur ANDRĒ, du docteur DAYET et de la sage-femme seraient également raflées. M. Antoine PEUGEOT et AMMALE demandent des vélos, on cherche à leur en procurer, qui sont aussitôt razziés ; alors ils viennent passer le Doubs en barque à Bourguignon et atteignent la papeterie de Mandeure qui les rapatrie à Valentigney.

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